dim

23

aoû

2009

Les violences faites aux femmes

 

Après le passage de Mme Clinton et son appel à réprimer les violences contre les femmes, la question essentielle des violences physiques faites aux femmes en RD Congo a ressurgi sur toutes les lèvres. Nombreuses sont Dieu merci les personnes et les organisations locales ou internationales qui se penchent sur cette question.

 

Cela dit, nous aimerions nourrir la réflexion autour de la violence faite aux femmes par quelques éclairages compémentaires:

  • Les hommes ici ne sont pas tous, et loin s'en faut, des abuseurs. Et nombre d'entre eux sont engagés dans un processus de défense des droits des femmes. Les entretiens que nous avons pu mener avec eux mettent en lumière leur sentiment d'humiliation et de souffrance: "Nous ne sommes pas tous des violeurs".
    Pour promouvoir la paix est-il possible de prendre en compte la souffrance des hommes injustement mis "dans le même sac" que tous les criminels qui utilisent les femmes comme moyen d'humilier les adversaires? Oserons-nous imaginer trouver avec les hommes des pistes de collaboration et de dialogue? Ces hommes n'ont-ils pas autant besoin que les femmes d'être entendus et d'avoir accès à la parole?
    Le tissage commun entre toutes les personnes victimes des humiliations  sexuelles ne pourrait-il pas être fécondant? Est-il possible d'éviter de creuser le lit genre pour créer ensemble un espace d'apaisement?

  • La justice commence à faire son travail, à juger et emprisonner des auteurs de violences faites aux femmes. Néanmoins, de même que les sociétés du nord, en dénonçant à juste titre la pédophilie et l'inceste, n'ont pas pu empêché des détentions arbitraires et injustes, en RD COngo, dans un désir louable de faire justice, il est des vieillards impotents, physiquement incapables de nuire à la moindre femme, qui se retrouvent emprisonnés en attendant leur procès, sur la simple foi de dénonciations qui peuvent être nourris par toutes sortes de sentiments humains bien éloignés d'un désir de justice véritable. Et être en détention provisoire à Goma, c'est vivre dans un cloaque immonde sans aucune perspective de lendemain. Les humanitaires qui se rendent à la prison sont assez souvent contraints de porter des masques tant la pestilence est insupportable. Se retrouver dans cet espace surpeuplé, sans savoir pourquoi, et ignorer quand ou comment en ressortir, n'est-ce pas aussi d'une violence insupportable? Uen violence peut-elle en faire accepter une autre ou la réparer?

  • Les violences sexuelles ne sont pas les seules violences faites aux femmes. De nombreuses femmes sont ignorantes de leurs droits par exemple en matière de droit conjugal. Le concubinage est monnaie courante ici. Reconnu, il confère, de par la législation, des droits aux femmes. Or les femmes sont nombreuses à nous parler de leur difficulté à faire face au quotidien quand elles se retrouvent seules avec 4-5 enfants et un ex-compagnon qui les lâchent du jour au lendemain sans aucun soutien financier. Ces femmes ne savent pas comment nourrir leurs enfants, les éduquer... et nombre d'entre elles ne peuvent pas retourner chez leurs parents.

    Parmi elles, des femmes universitaires, diplomées. Mais majoritaires à penser que si "l'homme" les abandonnent, c'est "de leur faute". ce sentiment est encore renforcé par les nouvelles églises. Et nous retrouvons ici les séquelles, maintes fois relevées par de nombreuses associations féminines, comme le Forum oecuménique des femmes chrétiennes d'Europe: la situation des femmes n'est pas liée uniquement au non-droit ou au non-respect de la justice, mais au fait que les femmes n'ont souvent pas conscience d'être des personnes à part entière.

    Tout un travail de conscientisation pour lequel la médiation des textes sacrés, Bible, Coran, pourrait être d'un grand recours. En effet, si la rumeur croyante fait des femmes des êtres soumis sans droits, les textes sacrés prescrivent eux le respect de la femme et la complémentarité homme-femme. La médiation des textes sacrés est d'autant plus importante que la soumission volontaire des femmes ici, pour ce que nous avons pu observer à ce jour, est encouragée par les mouvements évangéliques fondamentalistes. En faisant appel au pathos, ils exaltent chez les femmes un besoin d'absolu qui les conduit à trouver une forme de sublimation dans l'acceptation de leurs souffrances au quotidien.

    Et pour chaque femme qui se résigne à être fautive de l'échec de sa relation, il y a une petite soeur, une fille qui la voit et qui peut-être un jour suivra ses traces. UneTelle, 28 ans, vendeuse, nous dit: "je ne sais pas si je vais me marier, car aujourd'hui je suis financièrement indépendante, je peux soutenir mes parents, j'ai une vie, même si ce n'est pas une vie de femme. Si je tombe amoureuse, que je me marie, et que mon mari me fait un enfant chaque année, et qu'au bout de 5 enfants il me laisse tomber pour une autre, sans nous nourrir, est-ce que c'est mieux? Vraiment, je ne sais pas quoi faire. Je prie beaucoup pour avoir une réponse." 

    Croyantes - nous sommes ici dans un milieur profondéement croyant et pratiquant -  le recours seul au droit, à la loi ou aux thérapies individuelles ou sociales ne saurait les convaincre de leur dignité. Revisiter ensemble les grandes figures féminines de nos textes sacrés, dépasser les on-dit sur les relations masculin-féminin dans les textes sacrés et se réapproprier en les étudiant les grandes histoires de l' Histoire Sainte  pour nourrir et transformer les relations entre les hommes et les femmes, une autre piste possible pour nourrir un changement en profondeur et féconder la paix?

 

D'avance merci pour tous les commentaires qui nous aideront dans nos réflexions...

écrire commentaire

6 Commentaires

  • #1

    Mirjame (dimanche, 23 août 2009 10:11)

    C'est très dur de voir que partout dans le monde la violence est au final la même. Le témoignage et la réflexion de cette jeune femme me touche. Elle a le droit de choisir mais qu'entre deux choses qu'elle ne désire pas profédement c'est dur. Mettre des limites à ses rêves, projets pour pouvoir s'en sortir...
    Je pense à vous et au voyage de vous vivez tout les jours à ces milliers de kilomètres de chez nous,

  • #2

    Nadia (jeudi, 27 août 2009 02:12)

    Je pense que la dignité est le sentiment le plus précieux pour l'être humain.Ainsi ôter à l'homme ce bien naturel est le comble de l'injustice.Pour cette raison,votre article m'a beaucoup touchée.Ces personnes,injustement incarcérées et de surcroît,vivant dans un endroit manquant de tout, suscitent ma plus vive compassion.Ensuite le témoignage de cette jeune femme est tout aussi émouvant,car,certes,l'inconnu ou plutôt l'avenir nous effraye tous,pauvres mortels que nous sommes,mais aller droit à sa perte,comme c'est le cas de cette jeune femme est,fort regrettable.
    Merci pour ce témoignage,car à part le partage,ça nous apprend à relativiser et à porter sur le monde et les choses un nouveau regard.
    Je pense à vous et vous souhaite un bon courage.
    Merci de partager votre quotidien avec nous.

  • #3

    mehdi (jeudi, 27 août 2009 15:09)

    Votre témoignage m'a ébranlé!La vie ne doit pas être facile aussi bien pour ces hommes qui sont pris,injustement, pour des violeurs potentiels et tout ce qui s'en suit,mais surtout pour ces femmes vivant constamment dans l'insécurité et la peur..Fasse le Ciel que,grâce au travail de votre équipe,l'avenir leur sera meilleur.
    O mon frère,la vie est vraiment un combat tous les jours!!
    Je vous souhaite beaucoup de courage dans votre vie quotidienne,et j'attends avec impatience la suite..Chehia taiba

  • #4

    matador(mejdi) (jeudi, 27 août 2009 15:22)

    Je me rends compte à quel point la vie peut être difficile pour pas mal d'être humains.Mais les exemples dont vous parlez sont vraiment révoltants,car cette jeune femme à qui le droit au rêve est complètement anéanti,mérite bien plus;les jeunes femmes de son âge ont tout de même le droit de voir la vie en rose!ou plus raisonnablement ont le droit d'avoir des rêves et de nourrir leurs vies d'espoir..Prions pour un avenir meilleur pour elle,et pour ses semblables.
    Moez,les journées de ce mois béni ne sont pas difficiles?

  • #5

    nadia (jeudi, 27 août 2009 15:34)

    Je me suis vraiment réjouie de lire ton dernier paragraphe car le dialogue de cultures et de religions ne peut que renforcer la solidarité et la PAIX.Dès qu'il s'agit de la femme,toutes les religions sont unanimes:il faut prendre soin d'elle..

  • #6

    JESER Catherine (vendredi, 04 septembre 2009 20:52)

    Il y a une chanson de Jean Ferrat dont le titre est "la femme est l'avenir de l'homme"

    Paroles sur :
    http://fr.lyrics-copy.com/jean-ferrat/la-femme-est-lavenir-de-lhomme.htm

  • loading
Newsletter

Mentions légales | druckversionVersion imprimable | Plan du site | Recommander ce site
© L'ensemble des données de ce site appartient à paindesel.org et ne peut être utilisé sans autorisation préalable. Ecrivez-nous que nous en parlions!