mer
02
sep
2009
Depuis mon affectation en RD Congo par Eirene Suisse, pour l'appui institutionnel et financier dans une ONG congolaise (CFPD), une question tourmentait mon esprit : comment associer les exigences et la rigueur de la gestion d'entreprise, caractérisée par une rentabilité maximale (la maximisation des profits pour un minimum de coûts), et l'environnement des ONG qui sont censées être sans but lucratif et qui travaillent dans le domaine humanitaire ou le développement.
A vrai dire, je rêvais depuis le début, bien sûr avec les membres du CFPD, de faire du CFPD une ONG de très grande notoriété à l'échelle nationale et internationale pour ses valeurs et l'engagement de ses membres. Comment faire cela avec mes compétences de financier, mon éthique économique et financière dans le respect des valeurs que je perçois au CFPD?
La première différence que j'ai pu remarqué entre le fonctionnement des entreprises et les associations à but non lucratif (ou sans but lucratif ASBL), c'est l'objectif.
Pour l'entreprise, son souci principal est de dégager un profit qui lui permette de vivre, de se battre afin de trouver une clientèle, la fidéliser afin de survivre sur le marché des concurrents, selon la loi de marché. Les bénéfices qu'elle dégage permettent dans l'idéal à la société de vivre: emplois, salaires, investissements...
Par contre les associations sans but lucratif ne cherchent pas à faire de l'argent mais elles cherchent des bailleurs de fonds qui leur donnent de l'argent pour financer leurs activités diverses pour aider humainement les plus vulnérables. Et on peut trouver une multitude d'ASBL qui travaillent dans les mêmes projets (comme la lutte contre le viol des femmes) en collaborant ensemble, sans avoir forcément un esprit de concurrence, et déjà c'est un « idéal ».
Ainsi, entreprises et associations ou ONG travaillent pour dégager un « profit », une finalité qui dans les deux cas devraient idéellement servir la société. Quelle est la
différence?
Pourquoi qualifier le profit des entreprises de lucratif et celui des ong de non-lucratif (humanitaire)?
La tenue de la comptabilité aussi diffère. Pour les sociétés c'est une comptabilité financière, qui doit dégager des informations utiles aux différents décideurs pour le sort de l'entreprise. Pour les ASBL, c'est souvent « juste » une comptabilité d'encaissement et de décaissement.
Mais les deux ont une chose en commun entre les deux qui m'a frappé: le statut du personnel. On trouve dans les entreprises comme dans les ASBL du personnel non permanent ou non titularisé. En
entreprise on parle de CDD (contrat a durée déterminé), par contre pour les ASBL, on parle de contrat de bénévolat. Dans les deux cas, c'est une exploitation du personnel.
Résultat logique: le personnel, non impliqué, subit la situation mais si l'occasion se présente, les personnes changent d'ONG ou de société.
Cela dit je me trouve bien dans ce domaine, et j'espère que ça reste sincèrement des activités « humaines », car ce que je remarque des détournements dans l'utilisation de ce
terme.
Beaucoup d'ASBL utilisent les projets porteurs ou dont les sujets font la une de l'actualité pour avoir des fonds, ce qui nuit aussi à l'image du pays où elles sont impliquées, en tout cas, c'st le
cas pour la RD Congo. Je me référé toujours à l'exemple de projets autour de « la lutte contre le viol de femmes ». A force que ce projet est utilisé pour avoir des fonds, l'opinion
international croit que tous les hommes de RD Congo sont des violeurs. Je ne nie pas l'existence des viols ni leur horreur , ni les sanctions qui doivent être prises. Mais ce qui fait mal, c'est que
cette histoire est devenue un commerce, un gagne-pain pour des gens qui veulent se faire de l'argent avec un sujet porteur.
Ces réalités me laissent me poser beaucoup de questions et me laissent réfléchir sur le sort de l'humanitaire dans les prochaines années: si on utilise les souffrances humaines pour faire de l'argent, est-ce que cela ne touche pas la dignité humaine que nous sommes appelés à protéger?
Hélas oui les souffrances humaines sont utilisées par certains profiteurs pour faire de l'argent, et ce n'est pas nouveau.
C'est inévitable, mais je crois aussi que s'il n'y avait pas de sujet(s) porteur(s), il n'y aurait encore moins de fonds :-(
Cette question éthique mérite bien d'être posée car si le malheur des uns fait le bonheur et la richesse des autres,c'est vraiment révoltant..Mais malheureusement c'est une monnaie courante et j'espère vraiment que les choses vont changer..Disons que l'homme est bon par nature,et que même s'il dévie des fois du droit chemin,le bien finit toujours par triompher,amen.
Bravo pour ce travail mon fils,je te souhaite une bonne chance dans ce que tu fais et Fasse le Ciel que tous tes projets se réalisent.
