mer

02

déc

2009

Des lendemains difficiles... mais pas désespérés

Continuer à y croire...

Les résultats des votations de dimanche placent la Suisse sous les feux de la rampe sur le plan international. Mais la chère vieille Dame malheureusement ne se montre sous son meilleur jour.

Expatriés au Congo comme volontaires engagés auprès d’une ONG locale pour promouvoir la paix, vivant dans un pays où la paix civile est loin d’être une réalité mais où la paix religieuse est un fait, nous avons dans un premier temps été paralysés et incapables de réagir. Permettez-nous maintenant de prendre le clavier pour vous rendre écho des effets de cette votation à 6000 km de chez nous.

D’abord, et je tiens à le préciser, le résultat de la votation sur l’exportation des armes de guerre est au moins aussi désastreux même si vu d’ici il semble faire couler moins d’encre. En effet, comment expliquer que la Suisse est à la fois engagée pour la promotion de la Paix et que dans le même temps elle fait de l’argent avec des armes qui tuent au sud en offrant des oreillers dorés au pays? Les collègues ont eu beau jeu hier de faire des gorges chaudes. Notre crédibilité a pris quelques rides sérieuses.

J’ai été invitée à prendre la parole ces prochains jours dans le cadre d’une journée sur la démocratie avec la société civile pour expliquer le fonctionnement de la démocratie en Suisse. Parce qu’aujourd’hui je représente un peu la Suisse ici, je compatis sincèrement avec tous nos diplomates, qui doivent subir les quolibets et les interpellations dans leur pays d’accueil sans perdre la face et en défendant au mieux les visions et les valeurs de notre bonne vieille Suisse et la place du peuple souverain.

Les premières réactions sont venu sabrer directement mon mode de travail participatif et mes options profondément helvétiques et résolument démocratiques: « tu vois où ça te mène! Le développement du pouvoir d’agir c’est bien, mais les gens sont bêtes, et si tu veux éviter les dérapages, ça prend des chefs pour éviter les décisions idiotes, ça prend un organigramme et des gens compétents à la tête ». Inutile de faire remarquer qu’on voit toujours mieux la paille dans l’oeil de l’autre.... J’ai pris un coup de vieux et mes ailes d’espérance ont eu de la peine à battre.

Face à toutes les remarques négatives sur facebook et dans notre entourage, j’ai eu envie de défendre notre processus de prise de décision. Originaire d’Alsace, j’ai depuis mes premiers jours en Suisse, il y a de cela bien longtemps, une profonde admiration pour le processus démocratique en Suisse. Mais j’ai tiré une grande leçon des votations sur les étrangers en 2006 : notre peuple suisse est atteint par le syndrome de la peur.

La peur de l’inconnu. La peur de perdre.
 
Au moment des votations sur les étrangers, il y a quelques années, j’entendais dans le train une dame dire pis que pendre des étrangers et dans la phrase suivante vanter les mérites de son employée de maison, une étrangère. Et elle a expliqué cette belle schizophrénie avec les mots suivants: « mais elle c’est pas une étrangère, je la connais ».

Les musulmans de Suisse, dont  certains me font l’honneur d’être mes ami.es, sont avec les autres croyants engagés, des artisans de paix pour la Suisse de demain. Avec Moez, nous nous demandons si les chrétiens et les musulmans de Suisse ont assez travaillé ensemble pour que les personnes et les communautés ne soient plus étranges l’une à l’autre, mais qu’elles fassent partie intégrante de la famille suisse.

La cohabitation pacifique, et Dieu soit loué, réelle et efficace dans le dialogue quotidien à Goma, entre les différentes religions et confessions pourrait servir d’inspiration à la reconnaissance mutuelle en Suisse. Et quel bel échange Sud-Nord ce serait, que d’apprendre en Suisse quelque chose sur la paix religieuse du Nord-Kivu.

Dans notre 2e newsletter, j’écrivais: « Imaginez à  l'aube, à 4h30, l'appel à la prière qui se répond de mosquée en mosquée, rejoint par les cloches des Ursulines; auxquelles succèdent les prières des Pentecôtistes, des Adventistes... Ferveurs qui montent dans un ciel dans lequel la lune ne ment pas, au chant des coqs et aux martèlements des forgerons qui ont pris leur travail. » .

La fin de semaine passée nous avons fêté tous ensemble l’Aïd El Kebir et le surlendemain le début de l’Avent. Aux grandes fêtes religieuses (et croyez-moi elles sont nombreuses), nous nous interpelons entre amis: « prie pour moi en ce jour de fête, comme je prie pour toi quand c’est le temps chez nous ».

La Suisse d’hier n’existe plus et la Suisse de demain n’existe pas encore. Dans ce temps de chaos, les contractions pour la naissance d’un monde plus humain sont très douloureuses. Notre pays ne fait pas exception dans le grand bouleversement qui brasse le monde.

Comme croyants, comme personnes engagées dans les droits humains, comme acteurs pour la promotion de la paix, nous avons la responsabilité de prendre en compte les peurs de nos concitoyens. Ballotés comme des fétus de paille dans un univers devenu inmaitrisable, il est difficile de garder le cap. Nous avons sans doute expérimenté à des degrés différents les effets de la peur dans nos propres vies. Mais aussi la grâce de la présence agissante du Tout-Autre.

Tenir debout malgré la déferlante, est-ce que ce n’est pas croire encore et encore que notre démocratie directe est ce qu’il y a de mieux malgré les dérapages possibles? Est-ce que ce n’est pas continuer à travailler en réseau et au développement de la capacité d’agir de chaque personne rencontrée, quelles que soient la violence de ses peurs et de ses rejets? Est-ce que ce n’est pas travailler pour que demain le résultat de la votation soit différent?

Je serais encore plus triste si le résultat de cette votation serait que nous ayions le goût de renoncer à notre système démocratique. Je crois profondément que le peuple peut se tromper, s’égarer, se perdre et tout autant qu’il peut apprendre et se reprendre. Grandir c’est faire des erreurs, les voir, les reconnaître et les corriger. Je crois de toutes les fibres de mon être qu’en Suisse nous sommes capables de grandir. Et que ce cheminement qui peut prêter à moquerie, qui fait tomber, mais qui permet de se relever, peut être encore un modèle, en tout cas ici en Afrique, sinon pour le reste du monde.

Et j’ai le coeur en joie de voir toutes les personnes qui se mobilisent pour dire leur indignation. Et encore plus quand ces personnes sont de jeunes adultes. Car la Suisse de demain, c’est eux. Mais là encore n’avons-nous pas à les accompagner pour que la colère et la haine contre les initiateurs ne les aveuglent pas? N’avons-nous pas à les accompagner pour qu’ils ne soint pas ridicules auprès de leurs ami.es musulmans ou étrangers? Ils sont au coeur d’une double difficulté, comme nous ici. N’est-il pas de notre responsabilité de les aider à rester enracinés dans leur foi en un avenir ouvert et tolérant?

Je crois que malgré le chagrin et la honte, malgré le profond sentiment d’abandon et de désespoir qui ont pu nous envahir dimanche soir, nous sommes appelé.es à témoigner de la puissance d’une parole créatrice, d’une Parole qui nous vient d’ailleurs et qui nous dépasse. Je crois profondément que nous sommes appelé.es à entendre sans nous moquer les peurs là-bas, et ici, que nous avons à être des ferments de consolation et de réconciliation et que nous avons labourer le champ de notre espérance. Je crois que nous avons à affûter nos outils au lieu de polir nos armes, pour que notre être au monde soit complètement habité par le développement de la capacité d’agir. Je crois de tout mon être que nous sommes appelé.es à lutter contre nos propres découragements pour que notre joie soit imprenable (cf Lytta Basset, La joie imprenable) et que la terre de demain soit la terre de notre Dieu.

C’est là ma foi et mon espérance.

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Quelques liens pour les personnes qui aimeraient relire les objets soumis à votation et les résultats, réactions...
Administration fédérale
Télévision suiss romande
Swissinfo

 

 

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Commentaires: 7

  • #1

    Claudie Woehrle (mercredi, 02 décembre 2009 21:15)

    Véronique, ton texte est tout simplement magnifique.
    Merci.

  • #2

    Murielle (mercredi, 02 décembre 2009 21:49)

    Tout le monde a le droit de se tromper. C'est vrai. Mais je suis plus critique que toi face à notre système politique suisse. Je ne suis pas sûre que le peuple soit toujours capable de prendre les meilleures décisions pour lui. Le résultat de dimanche est désolant. J'espère que nous aurons très bientôt l'occasion de rattraper cette erreur. Pardon à nos amis mulsulmans de Suisse et d'ailleurs.

  • #3

    Ketsia (mercredi, 02 décembre 2009 22:35)

    Notre système démocratique est certes encore valable, mais comme il est présomptueux de croire qu'il est le meilleur! Les dérapages sont possibles, la preuve n'est plus à faire, mais surtout les garde-fous font défaut, tout autant qu'une véritable vision d'ensemble qui pourrait définir le refus de participer à quelque guerre que ce soit au nom de notre belle neutralité (les intérêts financiers nous en empêchent pour le moment!)
    Ne restent que l'espoir et les gestes individuels pour construire ensemble le monde de demain...

  • #4

    Rita (jeudi, 03 décembre 2009 17:57)

    Dimanche soir, réunis autour de la couronne de l'Avent pour la prière, la première bougie vacillait un peu tristement. Mais la flamme était quand même là, une lueur qui brillait dans la nuit! Une lueur d'espoir comme cet article dans La Liberté d'aujourd'hui qui dit entre autre ceci: Le Conseil national a approuvé en mars déjà l'idée de soumettre des initiatives "problématiques" au Tribunal fédéral, qui devrait alors avoir une compétence juridictionnelle; ou bien alors préciser dans la Constitution qu'une initiative peut être annulée si elle est contraire à la Convention européenne des droits de l'homme.
    Et en priant nous pensions à toi qui as sûrement "mal à la Suisse", à des kilomètres d'ici. Et aujourd'hui il y a tes mails qui sont arrivés et je t'envoie ces quelques lignes pour te dire que vous êtes, toi et ton mari, dans nos pensées et nos prières, jamais seuls!
    Nous pensions évidemment aussi à l'Egypte, au Liban et surtout à la Syrie où vit notre fils Pascal. Je vois l'église Ste Rita tout pres de la magnifique mosquée des Omeyades à Damas. Le plus petit de ses minarets serait l'endroit où Jésus viendrait au dernier jour... j'entends prier dans la chapelle St Paul le Notre Père en arabe, où on appelle Dieu "Allah"... à l'appel à la prière à Maaloula, où on parle encore la langue du Christ, répondent les cloches de l'église St Serge... Où est le problème? C'est dans la tête des gens qui ne connaissent pas "l'autre" et peut être mal "Le Tout Autre"!

  • #5

    Nadia (vendredi, 04 décembre 2009 16:56)

    Merci Véro pour ce très beau texte.
    Je partage tes doutes et tes appréhensions..En ce moment de fort repli identitaire et de propos xénophobes qui envahissent notre Terre Mère,on commence à avoir des doutes quant à un avenir en parfaite osmose entre les différentes cultures et religions..Mais tant qu'il y aura des gens qui y croient,je continue à espérer et je prie pour que l'avenir sera aussi doux que le printemps européen et aussi rayonnant que le soleil africain,amen...Dum spiro spero...

  • #6

    Jérôme (lundi, 07 décembre 2009 17:25)

    Je trouve ton texte percutant. En particulier que la description de la réalité interreligieuse à Goma mériterait d'être très largement diffusée ! Cela remet l'église - excuse moi l'expression... - au milieu du village: la tolérance n'est pas le monopole de la Suisse, et même dans des pays en guerre, certains comportements du quotidien dénotent d'une tolérance vécue et non abstraite comme c'est parfois le cas en Suisse.

  • #7

    Nadia (samedi, 12 décembre 2009 22:30)

    Sois comme le fleuve qui coule
    "Silencieux dans la nuit.
    Ne redoute pas les ténèbres de la nuit.
    S'il y a des étoiles dans le Ciel,réfléchis-les.
    Et si les cieux s'encombrent de nuages,
    Comme le fleuve,les nuages sont faits d'eau,
    Réfléchis-les aussi sans tristesse
    Dans le profondeurs tranquilles"
    Manuel Bandeira

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