jeu

28

jan

2010

yes sir

A vos ordres Chef !!!!

 

Comme j'ai remercié notre cher Jérôme, lui l'architecte de notre mission en RDC! Je lui renouvelle mes salutations les plus profondes, car vraiment ce coin du monde est une vraie école d'apprentissage tant au niveau humain et relationnel qu'au niveau professionnel.

 

7 mois de vie à Goma, période pleine de belles choses, les visites éclairs de nos chers amis Aline et Michael, la rencontre de gens visionnaires qui défendent les même valeurs que nous; période pleine de mauvaises choses, la poussière étouffante, la terre volcanique qui fait que les gens trébuchent à chaque pas....

La lave, vitale pour bien des gomatriciens. Beaucoup de gens ici vendent des quantités de lave taillée; d'autres construisent des maisons et les laissent dans leur apparence naturelle. Ainsi nous voyons des quartiers entiers sombres, voire même ténébreux.... Oui, ténébreux, même si, en passant, nous voyons la beauté de la nature, don de notre dieu, le gazouillement des oiseaux, la verdure des différentes plantes et arbres... jusque sur les flans même du volcan à l'origine de la lave et de sa noirceur: quand le climat est dégagé on peut voir la gigantesque forêt qui l'entoure.

 

Juste, je veux m'arrêter ici sur la description de la lave. À première vue, c'est une pierre dure, solide, noire. Noirceur qui fond la réalité des choses dans un même voile uniforme. Quand on voit la pierre noire, on oublie le degré de sa chaleur à son état initial; et on oublie son origine, juste on s'énerve parce qu'elle est omniprésente. Noirceur, touche de noblesse aussi, de richesse et d'élégance qui distingue la ville.

 

J'ai bien dit que les gens construisent ici leur maisons en pierre de lave. Certains même vont jusqu'à les protéger avec une enceinte de lave. Et comme tout est noir et clos, les curieux ne peuvent pas voir ce qu'il y a derrière cette façade, s'il y a un très beau jardin, avec de belles fleurs, des merles., des têtes bleues...

 

Ce jardin, si on le voyait, donnerait à réfléchir aux efforts fournis par le jardinier pour faire naître quelque chose entre toutes ces pierres, et le temps passé à soigner le jardin et même son affection pour le rendre si beau. Comme donnent à réfléchir aussi les fameux contrastes de Goma, le très grand beau chalet qui sort de terre à coté d'une petite cahutte en bois; ou encore ce lopin désert de mauvaise terre, noire aussi, qui nous fait réfléchir au désintérêt du propriétaire, à sa négligence à l'égard de la nature.

 

Les propriétaires font construire par les maçons l'enceinte pour cacher leurs biens personnels, qu'aucun ne doit voir ou  toucher: et bien sûr ils ne veulent en cela ni aides ni conseils; et les maçons travaillent dans la discrétion, à l'abri derrière le mur.

 

Or les murs en pierre de lave ne sont pas compacts. Alors, malgré tous leurs efforts, ils laissent inconsciemment des petits trous, par lesquels s'infiltrent les regards curieux des gens.

 

Et d'admirer la beauté de la place si elle est belle, ou de contester si elle est mauvaise. Car dans les deux cas, le propriétaire a « beaucoup d'argent ».

 

Mais quand ces regards extérieurs des  étrangers s'insinuent dans les propriétés par ces petits trous, qu'ils soient admiratifs ou critiques, les deux parties mises à découvert par ces interstices, le propriétaire comme les maçons, se liguent contre ces indiscrétions.

 

Le propriétaire, car il se sent mis à nu et qu'on espionne ses propriétés, chose qui n'est pas permise. Et puisque c'est lui le chef, il va appeler les maçons, même s'ils travaillent en un autre lieu, pour remplir les trous et peut-être par la même occasion embellir l'enclos encore. Et peut-être va-t-il, en cachette des regards, faire lui-même le jardin ou appeler un jardinier, car il veut que « sa propriété » soit réputée la meilleure aux yeux de tous, surtout s'il veut la louer peut-être au fil du temps.

 

Les maçons quant à eux veulent gagner leur vie, et ils savent qu'ils sont dépendants de ce chef et que leur avenir est entre ses mains . Et bien sûr, à chaque appel du Chef, ils répondent « présent » pour assurer leur minimum vital et aussi gagner sa satisfaction; disons qu'ils veulent se réserver une place sous la lumière ou sous le soleil.

 

Ces maçons répondent « présent » même lorsqu'ils se font rudoyer ou malmener. Ils doivent se taire; parce qu'ils ont des familles derrière eux qu'il faut faire manger; mais aussi parce que le propriétaire est le Chef: il a de l'argent, il est bien placé dans l'échelle sociale; donc il peut faire ce qu'il veut, en contre-partie du peu d'argent qu'il leur donne. Et donc, ils se trouvent « obligés » et « contraints » de défendre ce que fait le « chef » , persuadés qu'ils défendent leur gagne-pain.

 

Alors, même si parfois l'un ou l'autre des maçons est tenté de réagir en accord avec la vision externe, le chef lui jette un regard qui le remet à leur vraie place: « c'est pas ça que je veux, c'est ma propriété, c'est moi qui commande ici , vous leur donnez trop d'importance, c'est moi qui reste et eux ils partent à la fin des travaux, alors vous saurez ma vraie valeur à ce moment-là».

 

Or, pour contribuer encore au malaise de ces pauvres maçons, et même du « chef », les regards extérieurs des curieux ne se limitent pas au simple regard, ils donnent « volontairement » des conseils, des avis. Mais, est-ce qu'ils ont droit à faire ça? Par quel droit ils font ça? Pourquoi ils se mêlent des propriétés privées et embêtent les maçons?

 

À mon sens, comme dit notre ami Denis, si les maçons veulent du bon travail, qui améliore leur image chez les autres propriétaires et qu'ils puissent gagner d'autres chantiers, ils devraient accepter les points de vue étrangers, pour se perfectionner...

 

Par ailleurs, je leur pose la question: « est ce que c'est normal qu'ils acceptent d'être aussi mal traités pour aussi peu d'argent et de considération? ».

 

Pour le propriétaire, c'est vrai qu'il a le choix de mettre en place un beau jardin ou pas de jardin, mais, que notre dieu lui ouvre le cœur pour admirer la beauté de la nature, qu'il entende les gazouillements des oiseaux, qu'il paie bien les maçons, pour qu'ils lui restent fidèles, car pour avoir de bons ouvriers, il « doit » gagner leur confiance et surtout les traiter dignement et respecter leur humanité. Est-ce que le fait qu'il a de l'argent ou même la supériorité sociale lui donne le droit de massacrer les maçons? C'est quoi le plus important, c'est d'avoir la belle maison ou exercer ces pouvoirs sur les pauvres maçons, en leur rappelant toujours que c'est lui le chef, sans lui, ils ne valent rien.

 

Peut être qu'un jour, les passants ne s'arrêteront plus pour guigner a travers les trous dans les murs. Peut être les maçons ne répondront plus présents pour combler les trous dans les murs et peut être même verrons nous dans les rues de Goma des propriétaires abattre leurs propres murs?

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