Imaginez des montagnes comme au Toggenburg, raides, raides, mais cultivées jusqu'au
sommet. Imaginez des sommets qui culminent à plus de 3500m que gravissent des femmes le front ceint d'un bandeau qui retient dans leur dos une hotte lourdement chargée de régimes de bananes
sur laquelle trônent 1 ou 2 enfants, tandis que tout en marchant, elles allaitent le plus petit pendu à leur sein par un petit hamac.
Imaginez une terre luxuriante, des pâturages saturés de verdure, des vaches aux grandes
cornes et aux pis généreux, des plantations de haricots à perte de vue sur les flancs roides, des arbres odorants dont la cime s'élance fièrement vers le ciel.
Imaginez un coin de terre où les enfants en veulent tant aux parents de n'avoir rien à
manger qu'ils choisissent de devenir de petits soldats pour pouvoir piller en toute impunité. Imaginez un coin de terre où les pères et les mères sont prêts à envoyer leur enfant à la guerre
contre un billet vert.
Imaginez un coin de terre où les femmes servent de mulets pour transporter les marchandises pour les
soldats.
Imaginez un coin de terre où les hôpitaux soignent les femmes violées mais n'ont pas de quoi leur donner à se
laver ou sucrer leur thé.
Imaginez un coin de terre où les camps reçoivent dans des abris de fortune entassés et dans une grande promiscuité
des centaines de personnes déplacés. Imaginez les villageois qui voient arriver les rations pour leur donner à manger tandis qu'eux peinent pour trouver de quoi donner à vivre à leur
foyer.
Imaginez la poussière qui recouvre les richesses comme les laideurs d'un voile si épais que le plus épais des
brouillards du nord en pâlit d'envie.
Imaginez un coin de paradis dans lequel vivre est devenu un cauchemar.