dim
04
jui
2010
Le regard vide, du haut de ses 15 ans
il refuse que je fasse des photos.
Il est le chef, le Général.
Altier, fier, inaccessible.
Pour lui je suis une proie. Il me jauge.
Body jaune, 12 ans peut-être, est avec lui:
«C'est quoi ton objectif?» me dit-il avec arrogance.
Comprenez: «Qu'est-ce que tu vas financer?»
Mais je lui dis: «Te rencontrer».
Mauvaise réponse.
Comme nous sommes sous très haute surveillance, il se contente de m'insulter:
«Passe, vite, j'ai pas de temps à perdre».
Nous tentons de comprendre.
«Vous êtes partis rejoindre les milices parce que votre vie était trop dure.
Mais la vie dans l'armée est plus dure encore.
Comment pouvez-vous envisager y retourner?»
Et la réponse. Simple. Unanime.
«Parce que chez nous si je vole je vais en prison.
Dans l'armée, quand je pille je suis un héros.
A la maison on a rien, dans l'armée on se sert»
Lucidité désespérée.
Mais l'un d'eux cherche mon regard:
«On va écrire ou dessiner, pour que tu puisses raconter»,
et l'autre m'attrape par la manche et me glisse:
«Dis à tes enfants qui je suis. Parle-leur de moi. Promets.»
J'ai promis.
Dans la cohue, son nom m'a échappé.
Mais il est là, au creux de moi, mon petit enfant soldat.
Auteure
Véronique Isenmann, RD Congo, juin 2010
Maudits soient tous ceux qui se permettent de faucher les plus belles années de la vie d'un individu:celles de son enfance..Et Dieu sait qu'ils sont nombreux!Fasse le Ciel que justice soit rendue à tous ces anges victimes de la cruauté de ces monstres qui revêtent des traits humains!Merci Véro !
