Lettre circulaire 04-2010

Voici notre 4e lettre circulaire à l'occasion de notre première bougie ici...
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Dans la mesure du possible nous éditons 4 numéros par année.
Bonne lecture.
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dim

04

jui

2010

Mon petit enfant soldat...

Le regard vide, du haut de ses 15 ans

il refuse que je fasse des photos.

Il est le chef, le Général.

Altier, fier, inaccessible.

Pour lui je suis une proie. Il me jauge.

Body jaune, 12 ans peut-être, est avec lui:

«C'est quoi ton objectif?» me dit-il avec arrogance.

Comprenez: «Qu'est-ce que tu vas financer?»

Mais je lui dis: «Te rencontrer».

 

Mauvaise réponse.

Comme nous sommes sous très haute surveillance, il se contente de m'insulter:

«Passe, vite, j'ai pas de temps à perdre».

 

Nous tentons de comprendre.

«Vous êtes partis rejoindre les milices parce que votre vie était trop dure.

Mais la vie dans l'armée est plus dure encore.

Comment pouvez-vous envisager y retourner?»

 

Et la réponse. Simple. Unanime.

«Parce que chez nous si je vole je vais en prison.

Dans l'armée, quand je pille je suis un héros.

A la maison on a rien, dans l'armée on se sert»

Lucidité désespérée.

 

Mais l'un d'eux cherche mon regard:

«On va écrire ou dessiner, pour que tu puisses raconter»,

et l'autre m'attrape par la manche et me glisse:

«Dis à tes enfants qui je suis. Parle-leur de moi. Promets.»

J'ai promis.

Dans la cohue, son nom m'a échappé.

Mais il est là, au creux de moi, mon petit enfant soldat.

 

Auteure

Véronique Isenmann, RD Congo, juin 2010

 

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lun

28

jun

2010

Royaume de beauté, royaume de douleur



Imaginez des montagnes comme au Toggenburg, raides, raides, mais cultivées jusqu'au sommet. Imaginez des sommets qui culminent à plus de 3500m que gravissent des femmes le front ceint d'un bandeau qui retient dans leur dos une hotte lourdement chargée de régimes de bananes sur laquelle trônent 1 ou 2 enfants, tandis que tout en marchant, elles allaitent le plus petit pendu à leur sein par un petit hamac.


Imaginez une terre luxuriante, des pâturages saturés de verdure, des vaches aux grandes cornes et aux pis généreux, des plantations de haricots à perte de vue sur les flancs roides, des arbres odorants dont la cime s'élance fièrement vers le ciel. 


Imaginez un coin de terre où les enfants en veulent tant aux parents de n'avoir rien à manger qu'ils choisissent de devenir de petits soldats pour pouvoir piller en toute impunité. Imaginez un coin de terre où les pères et les mères sont prêts à envoyer leur enfant à la guerre contre un billet vert.


Imaginez un coin de terre où les femmes servent de mulets pour transporter les marchandises pour les soldats.


Imaginez un coin de terre où les hôpitaux soignent les femmes violées mais n'ont pas de quoi leur donner à se laver ou sucrer leur thé.


Imaginez un coin de terre où les camps reçoivent dans des abris de fortune entassés et dans une grande promiscuité des centaines de personnes déplacés. Imaginez les villageois qui voient arriver les rations pour leur donner à manger tandis qu'eux peinent pour trouver de quoi donner à vivre à leur foyer.


Imaginez la poussière qui recouvre les richesses comme les laideurs d'un voile si épais que le plus épais des brouillards du nord en pâlit d'envie.


Imaginez un coin de paradis dans lequel vivre est devenu un cauchemar.


C'est là que nous sommes allés.


 

Auteure
Véronique Isenmann

 

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