mer

21

avr

2010

Le grand cacardement...

Le grand cacardement
"Conte-rendu" de pérégrination au Congo...
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mer

21

avr

2010

Femmes qui réenchantent le monde...

Véronique Isenmann
Formatrice d'adultes
Bibliste et informaticienne
Auteure
Volontaire Eirene Suisse
accueil@paindesel.org

 

Bonjour chères collègues,

Permettez-moi de vous partager quelques réflexions spontanées qui me sont venues cette fin de semaine de la joie de vous connaître tantôt.

J'ai eu la chance immense de côtoyer quelques-unes de nos grandes mères et de nos soeurs en « encapacitement » de part le monde et je leur suis grandement redevable de mes cheminements. Certaines sont très connues comme Yvonne Gebara, eco-théologienne de la libération en Amérique latine, d'autres sont d'illustres inconnues comme Aï et Mino. Toutes ont changé leur réalité et contribué à rendre leur monde plus humain.

Mon travail de bibliste m'a appris que sans l'équilibre masculin-féminin, inscrit au coeur même des deux récits de la création, le surgissement du nouveau est impossible. Or ma petite expérience de cette région me montre que les récits sacrés sont racontés et interprétés comme des outils de domination des hommes sur les femmes. J'ai eu la chance de commencer à pouvoir relire avec des femmes et des hommes certains des récits bibliques et j'ai été sensible à l'espérance d'une re-co-naissance que je voyais naître à travers ce travail. Dans un monde où la croyance formate le quotidien, il est à mon sens incontournable de proposer aux femmes comme aux hommes une mise en travail de ces textes fondateurs. Car tant que les femmes craindront les foudres divines, tant qu'elles seront persuadées qu'elles sont par essence inférieures et faites pour être dominées de par un décret divin, choisir de se tenir debout signifiera s'élever contre un tabou, celui immuable de la volonté divine transmise par les hommes, qui leur fait risquer non seulement leur vie ici-bas mais aussi leur vie éternelle. Travailler avec les femmes et les hommes de bonne volonté les textes bibliques me parait indispensable pour briser la coque des mots-maux et permettre un espace de face à face et de vis-à-vis.

Mon travail de formatrice et de bibliste m'a appris que nommer est essentiel. Nommer les violences, nommer l'indicible, mais commencer aussi par se dire. Tant que les femmes ne se nommeront pas ou se nommeront au masculin, elles participeront du maintien sous tutelle du féminin. Après avoir longuement réfléchi aux implications de la formulation « le masculin englobe le féminin », dans les sessions de formation j'ai opté il y a quelques années avec quelques collègues pour une alternative: j'utilise le masculin quand il y a une majorité d'hommes et le féminin quand il y a une majorité de femmes. Ainsi chacun.e peut être accueilli.e au sein du groupe majoritaire.

Or j'ai cru comprendre que dans cette région les femmes ont si peu conscience de leur être qu'elles ne se disent pas. Il ne saurait à mon sens y avoir de développement du pouvoir d'agir que parallèlement au développement de l'estime de soi. Et il ne saurait y avoir de développement de l'estime de soit que dans l'expérience et la conscience de sa propre existence.

De plus il me semble qu'il y a là une piste importante de coopération avec les hommes de bonne volonté. Car j'ai cru comprendre que dans cette région beaucoup d'hommes ne se disent pas non plus ou parlent d'eux au neutre. Apprendre à dire et se dire mutuellement les souffrances nées de la négation de l'être, les nommer et se nommer, c'est non seulement être et devenir en tant qu'individu.e, mais aussi choisir ou assumer sa place au sein du groupe et donc de la société.

Au nord les féministes n'ont pas vu d'autre possibilité dans les années 60 et 70 que de défendre leurs droits contre les hommes et de devenir comme eux pour trouver leur place. Mais de plus en plus de femmes de la 2e ou 3e génération de femmes de l'après-révolution féministe sont fatiguées de ce combat contre les hommes plutôt que du travail en synergie.

Comme d'autres théologiennes, j'ai choisi de ne pas me dire féministe mais féminine. Par là nous entendons dire que nous travaillons à la dignité des femmes mais que nous le faisons en tant que femmes. Que nos approches et notre regard sur le monde sont des approches et des regards féminins qui ont le même poids et la même valeur que celles des hommes.

Ce que nous demandons c'est une véritable égalité de reconnaissance en tant que personnes mais que nous ne tenons pas à avoir les mêmes rôles ou les mêmes fonctions que les hommes. Comme féminines nous tenons à être des femmes et à être reconnues dans notre spécificité de femmes, cette spécificité-ci étant pleinement égale à la spécificité des hommes. Cela implique par exemple que le monde du travail féminin tient compte du rythme cyclique des femmes et que les femmes arrêtent d'avoir honte d'être moins « performantes » à certains moments qu'à d'autres. Cela implique que la notion de performance même est redéfinie par les femmes pour les femmes et partagée avec les hommes. Et que les femmes arrêtent de juger les autres femmes selon des critères masculins.

Au Forum Œcuménique des Femmes Chrétiennes d'Europe, nous avons entendu nos sœurs d'Europe de l'Est dire aux féministes de l'Ouest: « Laissez-nous trouver nos propres chemins pour nous dire et pour dire aux hommes qui nous sommes. Ne nous entrainez pas dans la lutte des genres, parce que à nos yeux c'est une voie sans issue».

Au Niger, de tradition polygame, des femmes, battues par leurs époux, avaient trouvé leur propre voix sous la forme d'un sifflet strident, pour alerter la communauté villageoise et mettre fin à leur torture. Et elles sont venu interroger leurs sœurs d'Europe: « Voulez-vous nous dire qu'en Europe les hommes sont toute leur vie fidèles à une seule femme? Et si ce n'est pas le cas, pouvez-vous nous dire quelle est la place d'une première épouse, détrônée par une concubine ou une maitresse' Est-ce qu'elle perd sa place dans la société? Est-ce qu'elle est encore invitée? Est-ce qu'elle est encore fréquentable? ». Grandes interrogations qui ont ouvert de nombreuses blessures chez les femmes libérées de chez moi...

J'ai eu le sentiment que l'immense travail autour des questions liées au genre se fait dans cette région selon le modèle européen ou nord-américain. Je crois que les femmes d'ici ont à trouver leur propre équilibre dans les questions genre sans se laisser mettre sous tutelle par les grands courants occidentaux. Le modèle occidental de libération des femmes est né et a évolué dans un contexte précis. Il ne peut pas être appliqué tel quel ici, où les relations au corps, à l'environnement, à la tradition et au masculin sont totalement différentes. Je trouverais encourageant pour toutes les femmes que les femmes d'ici osent trouver leur propre manière de dire et vivre leur féminisme ou féminité.

La question de la parité imposée dans les instances politiques n'est pas une garantie, loin s'en faut, de la reconnaissance des femmes et de leur être au monde spécifique. Un contre-exemple en est la réduction de la durée du congé de maternité au Rwanda voté par un Parlement majoritairement féminin en mai 2009.

En Suisse une enquête réalisée il y a quelques années auprès des femmes sur le peu de présence féminine dans les instances politiques a révélé que les femmes ne voulaient pas faire de la politique car elles ne voulaient pas « jouer » sur le même mode que les hommes. Que leurs approches et méthodes de travail étaient complètement différentes et qu'elles ne se reconnaissaient pas dans les approches masculines.

Informaticienne, j'ai évolué dans un monde éminemment masculin et j'ai eu la chance en plus de 20 ans de formation d'adultes comme consultante, de tirer la leçon des formations données au sein des grandes entreprises européennes comme auprès des mamans de la brousse: L'apprentissage de l'informatique par les femmes est totalement différent de celui des hommes. De manière un peu schématique, je dirai que les femmes ont des tâches qu'elles veulent réaliser et l'informatique est un outil, comme le pilon, pour arriver à faire leur travail. Ce qui les rend très efficaces et performantes dans l'utilisation des ressources logicielles qu'elles utilisent souvent à un pourcentage élevé. En revanche, elles sont consacrent moins d'énergie à la compréhension du système logiciel dans lequel elles évoluent ce qui les rend moins compétentes à résoudre les problèmes techniques, les pannes et autres désagréments inattendus. Il y a là de belles perspectives de complémentarité et de synergie possibles entre les femmes et les hommes; et une conviction: les femmes peuvent réenchanter le monde en tant que femmes...

Par ailleurs quand les lois du groupe sont oppressives et discriminatoire pour certains de ses membres, parler en JE et se dire c'est s'élever encore contre un tabou, celui du fonctionnement immuable du clan. Or il se trouve que les gardiennes des valeurs du clan sont souvent les femmes et qu'elles sont donc les relais et transmettrices majeures de la perpétuation des valeurs oppressives contre les femmes. La prise de conscience de cette réalité est souvent choquante pour les femmes, et donc irrecevable. Mon travail avec des femmes conteuses, psychanalystes, spécialistes du langage ou des rites de passage, avec les griots généalogistes, m'a amené à penser que ce tabou-ci est si difficile à affronter qu'il est préférable de l'aborder à travers la médiation d'approches tierces: récits de vie, jeux de rôles, contes, récits traditionnels, arts, danse.

Il me semble que dans cette région le langage est si fortement clivé qu'il serait peut-être intéressant de développer un réseau de formatrices et formateurs qui connaissant bien la tradition et le droit coutumier et soient à même d'accompagner les femmes et les hommes par des techniques et des chemins de communication moins lourdement connotés vers une transformation féconde des valeurs traditionnelles.

A titre d'exemple: J'ai été frappée par l'interdiction encore en vigueur faite aux femmes de consommer des oeufs. Il est concevable que les femmes, à partir des expressions traditionnelles de part le monde portant sur l'imaginaire populaire autour de l'oeuf, créent une danse, une pièce de théâtre, un conte... qui change le regard sur les oeufs et les femmes gobeuses d'oeufs! Il est concevable que les femmes fassent circuler de village en village et de bouche à oreille une histoire, une musique... pour transformer la réalité. Car s'il est illusoire de croire que la raison et les arguments scientifiques soient suffisants pour changer la tradition, l'imaginaire en revanche est un levier puissant pour transformer l'inconscient collectif.

Il me vient bien des pistes encore, aussi je me réjouis fort de ce tissage commun qui change aussi ma réalité de femme du nord vivant au sud et qui je l'espère tendra sa toile jusque vers les femmes de chez moi qui ont aussi tant besoin de l'espérance de toutes les femmes.

Avec mes salutations amicales, Véronique

 


Extrait de
Empowerment : désirs et défis


LA PERCEPTION DE L'ÊTRE HUMAIN

À l'instar de Freire, de Heller, de Le Bossé et de Ninacs, nous
avions la conviction que chaque être humain peut agir sur le
monde et dans le monde. Au lieu d'avoir été ébranlée par
l'expérience vécue au Centre, cette conviction en a été renfor-
cée.
Il vaut la peine ici de prendre la mesure d'une telle affirmation
car chacun de ses termes est lourd d'implications. « Chaque être
humain ... » : toutes les femmes et tous les hommes. Sans ex-
ception. Même exclue de longue date, toute personne est
concernée au premier chef par la problématique de la pauvreté
et a son mot à dire. La personne exclue a d'autant plus ce droit
qu'elle est la première concernée puisque c'est elle qui en souf-
fre.
« ...peut agir... » : peut, du verbe « pouvoir » ! Peut agir, de
l'expression, pouvoir d'agir ! Toutes les femmes et tous les
hommes, peu importe leur statut, ont le pouvoir légitime, le droit
d'intervenir. Leur agir peut n'être que soumission aux solutions
montrées, ou encore, il peut consister à prendre part au jeu
d'essais et erreurs qu'est la recherche de la dignité pour tout être
humain. « ...peut agir... » : signifie aussi avoir un potentiel
d'action, une capacité d'intervention pour corriger la situation.
Chaque femme, chaque homme possède donc le pouvoir légi-
time et un certain potentiel d'agir.
« ...sur le monde... » : agir sur, pour transformer, pour changer
la forme, pour imprimer un changement. Comme le marteau de
la forge agit sur le métal chauffé à blanc. Agir avec une intention
et pour obtenir un résultat. Chaque femme, chaque homme, a le
pouvoir légitime et un certain potentiel d'agir pour changer ce qui
doit être changé.
« ...dans le monde » : agir, non pas isolément dans son monde,
mais, parmi les autres, avec les autres femmes et les autres
hommes qui (chacune, chacun) ont le pouvoir légitime et un
certain potentiel d'agir pour changer ce qui doit être changé. De
plus, en agissant dans le monde, voir son pouvoir décuplé et son
potentiel multiplié, et en être transformé puisque, étant dans le
monde, l'action des autres sur le monde me fait changer moi-
même.

 

 

Quelques références

 

Arteau Marcel & Gaudreau Lorraine, Empowerment : désirs et défis, Récit d'une expérience d'insertion par le développement du pouvoir d'agir, Le Collectif québécois d'édition populaire, Québec 2007
Isenmann V., La Dame de sel, Des lectures plurielles pour les Ecritures, Novalis, Montréal 2006
Isenmann V. & Leiggener M, Dieu a perdu son miroir, Histoires pour consoler Dieu, Novalis, Montréal, 2007
Femmes et solidartié SOFEMA, Niger
http://www.paindesel.org/sofema-niger-femmes-qui-changent-le-monde/
Forum Oecuménique des Femmes chrétiennes d'Europe_ http://www.efecw.net/index.htm

 

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dim

14

mar

2010

Economie solidaire, comment faire?

Suisse - Campagne de Carême 2010

 

Comme ancienne collaboratrice du Cahier liturgique, je connais la somme de travail et de bonne volonté de chaque personne engagée dans la réflexion et dans la préparation des documents, des célébrations et manifestations de la Campagne de Carême.

 

Et la joie aussi des partages, et le stress. Pensez! Une poignée de 4 personnes pour le cahier catéchétique et une autre petite poignée pour le cahier liturgique...

 

 

Mais comme chaque année, je suis très critique aussi à l'égard de l'affiche de la campagne, plus encore depuis que je suis en RD Congo: Ce n'est pas seulement le méchant blanc qui ramasse la donne. Ici si le noir du coin peut dévaliser les blancs, et surtout s'il peut dévaliser les autres noirs qui l'entourent, il sera HEUREUX!

 

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jeu

28

jan

2010

yes sir

A vos ordres Chef !!!!

 

Comme j'ai remercié notre cher Jérôme, lui l'architecte de notre mission en RDC! Je lui renouvelle mes salutations les plus profondes, car vraiment ce coin du monde est une vraie école d'apprentissage tant au niveau humain et relationnel qu'au niveau professionnel.

 

7 mois de vie à Goma, période pleine de belles choses, les visites éclairs de nos chers amis Aline et Michael, la rencontre de gens visionnaires qui défendent les même valeurs que nous; période pleine de mauvaises choses, la poussière étouffante, la terre volcanique qui fait que les gens trébuchent à chaque pas....

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mer

02

déc

2009

Des lendemains difficiles... mais pas désespérés

Continuer à y croire...

Les résultats des votations de dimanche placent la Suisse sous les feux de la rampe sur le plan international. Mais la chère vieille Dame malheureusement ne se montre sous son meilleur jour.

Expatriés au Congo comme volontaires engagés auprès d’une ONG locale pour promouvoir la paix, vivant dans un pays où la paix civile est loin d’être une réalité mais où la paix religieuse est un fait, nous avons dans un premier temps été paralysés et incapables de réagir. Permettez-nous maintenant de prendre le clavier pour vous rendre écho des effets de cette votation à 6000 km de chez nous.

D’abord, et je tiens à le préciser, le résultat de la votation sur l’exportation des armes de guerre est au moins aussi désastreux même si vu d’ici il semble faire couler moins d’encre. En effet, comment expliquer que la Suisse est à la fois engagée pour la promotion de la Paix et que dans le même temps elle fait de l’argent avec des armes qui tuent au sud en offrant des oreillers dorés au pays? Les collègues ont eu beau jeu hier de faire des gorges chaudes. Notre crédibilité a pris quelques rides sérieuses.

J’ai été invitée à prendre la parole ces prochains jours dans le cadre d’une journée sur la démocratie avec la société civile pour expliquer le fonctionnement de la démocratie en Suisse. Parce qu’aujourd’hui je représente un peu la Suisse ici, je compatis sincèrement avec tous nos diplomates, qui doivent subir les quolibets et les interpellations dans leur pays d’accueil sans perdre la face et en défendant au mieux les visions et les valeurs de notre bonne vieille Suisse et la place du peuple souverain.

Les premières réactions sont venu sabrer directement mon mode de travail participatif et mes options profondément helvétiques et résolument démocratiques: « tu vois où ça te mène! Le développement du pouvoir d’agir c’est bien, mais les gens sont bêtes, et si tu veux éviter les dérapages, ça prend des chefs pour éviter les décisions idiotes, ça prend un organigramme et des gens compétents à la tête ». Inutile de faire remarquer qu’on voit toujours mieux la paille dans l’oeil de l’autre.... J’ai pris un coup de vieux et mes ailes d’espérance ont eu de la peine à battre.

Face à toutes les remarques négatives sur facebook et dans notre entourage, j’ai eu envie de défendre notre processus de prise de décision. Originaire d’Alsace, j’ai depuis mes premiers jours en Suisse, il y a de cela bien longtemps, une profonde admiration pour le processus démocratique en Suisse. Mais j’ai tiré une grande leçon des votations sur les étrangers en 2006 : notre peuple suisse est atteint par le syndrome de la peur.

La peur de l’inconnu. La peur de perdre.
 
Au moment des votations sur les étrangers, il y a quelques années, j’entendais dans le train une dame dire pis que pendre des étrangers et dans la phrase suivante vanter les mérites de son employée de maison, une étrangère. Et elle a expliqué cette belle schizophrénie avec les mots suivants: « mais elle c’est pas une étrangère, je la connais ».

Les musulmans de Suisse, dont  certains me font l’honneur d’être mes ami.es, sont avec les autres croyants engagés, des artisans de paix pour la Suisse de demain. Avec Moez, nous nous demandons si les chrétiens et les musulmans de Suisse ont assez travaillé ensemble pour que les personnes et les communautés ne soient plus étranges l’une à l’autre, mais qu’elles fassent partie intégrante de la famille suisse.

La cohabitation pacifique, et Dieu soit loué, réelle et efficace dans le dialogue quotidien à Goma, entre les différentes religions et confessions pourrait servir d’inspiration à la reconnaissance mutuelle en Suisse. Et quel bel échange Sud-Nord ce serait, que d’apprendre en Suisse quelque chose sur la paix religieuse du Nord-Kivu.

Dans notre 2e newsletter, j’écrivais: « Imaginez à  l'aube, à 4h30, l'appel à la prière qui se répond de mosquée en mosquée, rejoint par les cloches des Ursulines; auxquelles succèdent les prières des Pentecôtistes, des Adventistes... Ferveurs qui montent dans un ciel dans lequel la lune ne ment pas, au chant des coqs et aux martèlements des forgerons qui ont pris leur travail. » .

La fin de semaine passée nous avons fêté tous ensemble l’Aïd El Kebir et le surlendemain le début de l’Avent. Aux grandes fêtes religieuses (et croyez-moi elles sont nombreuses), nous nous interpelons entre amis: « prie pour moi en ce jour de fête, comme je prie pour toi quand c’est le temps chez nous ».

La Suisse d’hier n’existe plus et la Suisse de demain n’existe pas encore. Dans ce temps de chaos, les contractions pour la naissance d’un monde plus humain sont très douloureuses. Notre pays ne fait pas exception dans le grand bouleversement qui brasse le monde.

Comme croyants, comme personnes engagées dans les droits humains, comme acteurs pour la promotion de la paix, nous avons la responsabilité de prendre en compte les peurs de nos concitoyens. Ballotés comme des fétus de paille dans un univers devenu inmaitrisable, il est difficile de garder le cap. Nous avons sans doute expérimenté à des degrés différents les effets de la peur dans nos propres vies. Mais aussi la grâce de la présence agissante du Tout-Autre.

Tenir debout malgré la déferlante, est-ce que ce n’est pas croire encore et encore que notre démocratie directe est ce qu’il y a de mieux malgré les dérapages possibles? Est-ce que ce n’est pas continuer à travailler en réseau et au développement de la capacité d’agir de chaque personne rencontrée, quelles que soient la violence de ses peurs et de ses rejets? Est-ce que ce n’est pas travailler pour que demain le résultat de la votation soit différent?

Je serais encore plus triste si le résultat de cette votation serait que nous ayions le goût de renoncer à notre système démocratique. Je crois profondément que le peuple peut se tromper, s’égarer, se perdre et tout autant qu’il peut apprendre et se reprendre. Grandir c’est faire des erreurs, les voir, les reconnaître et les corriger. Je crois de toutes les fibres de mon être qu’en Suisse nous sommes capables de grandir. Et que ce cheminement qui peut prêter à moquerie, qui fait tomber, mais qui permet de se relever, peut être encore un modèle, en tout cas ici en Afrique, sinon pour le reste du monde.

Et j’ai le coeur en joie de voir toutes les personnes qui se mobilisent pour dire leur indignation. Et encore plus quand ces personnes sont de jeunes adultes. Car la Suisse de demain, c’est eux. Mais là encore n’avons-nous pas à les accompagner pour que la colère et la haine contre les initiateurs ne les aveuglent pas? N’avons-nous pas à les accompagner pour qu’ils ne soint pas ridicules auprès de leurs ami.es musulmans ou étrangers? Ils sont au coeur d’une double difficulté, comme nous ici. N’est-il pas de notre responsabilité de les aider à rester enracinés dans leur foi en un avenir ouvert et tolérant?

Je crois que malgré le chagrin et la honte, malgré le profond sentiment d’abandon et de désespoir qui ont pu nous envahir dimanche soir, nous sommes appelé.es à témoigner de la puissance d’une parole créatrice, d’une Parole qui nous vient d’ailleurs et qui nous dépasse. Je crois profondément que nous sommes appelé.es à entendre sans nous moquer les peurs là-bas, et ici, que nous avons à être des ferments de consolation et de réconciliation et que nous avons labourer le champ de notre espérance. Je crois que nous avons à affûter nos outils au lieu de polir nos armes, pour que notre être au monde soit complètement habité par le développement de la capacité d’agir. Je crois de tout mon être que nous sommes appelé.es à lutter contre nos propres découragements pour que notre joie soit imprenable (cf Lytta Basset, La joie imprenable) et que la terre de demain soit la terre de notre Dieu.

C’est là ma foi et mon espérance.

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Quelques liens pour les personnes qui aimeraient relire les objets soumis à votation et les résultats, réactions...
Administration fédérale
Télévision suiss romande
Swissinfo

 

 

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jeu

19

nov

2009

Donnez-moi des sous, bienfaiteurs, notre Dieu vous récompensera!


Voilà, je suis de retour après une longue absence dûe aux différentes causes expliquées dans la newsletter (maladie, différentes occupations ...).


Le titre que j'ai utilisé, c'est une citation des mendiants chez moi, qui veulent toucher le cœur des gens pour leur donner quelques francs afin de leur permettre d'acheter des trucs et faire des activités qui contribuent à leur survie.

 

Et puisqu'ils utilisent le mot Dieu dans leurs demandes, les « bienfaiteurs » par générosité et pour gagner la miséricorde de notre Dieu mettaient la main à leur poches si vite pour donner de l'argent aux mendiants qui s'installaient toujours devant les mosquées, les cimetières... c'est à dire les lieux où les gens se rappellent de Dieu et de l'Au-delà.

 

Et honnêtement, c'était tout un cercle vertueux qui aide à faire tourner l'économie un peu... Mais, au fil de temps, certains autres gens ont compris que la mendicité représente la méthode la plus simple pour avoir de l'argent sans aucune fatigue physique ou mentale.

 

Ces mendiants de chez moi se sont déplacés aussi à Goma, au Rwanda, Kosovo, Irak.... On les trouve sous forme de petits enfants qui refusent d'aller à l'école et restent à la rue pour demander un 100 francs d'un Muzungu passant dans sa voiture de service ou sortant du marché avec ses achats.

 

Aussi les mendiants parfois, on les trouve bien habillés avec une valise diplomatique, un costume et des lunettes solaires ou quelquefois même optiques, ces derniers essayant d'avoir de l'argent non pas pour eux, mais pour d'autres, sous prétexte de solidarité, de paix...

 

Je peux féliciter tous ces mendiants pour leur génie et savoir-faire qu'ils utilisent pour solliciter l'argent chez les bienfaiteurs et aussi je les remercie car ils m'inspirent des idées pour m'améliorer professionnellement en remarquant leurs défaillances; mais vraiment ils me posent un problème: ils utilisent toujours les mêmes techniques pour avoir de l'argent et ils réussissent toujours.

 

Permettez-moi de poser une question simple: Et si l'argent des bienfaiteurs arrive au bout, et que les sources se tarissent, comment les mendiants vont-ils gérer la solidarité, la paix, la lutte contre les violences...?

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mer

18

nov

2009

Ubuntu

Nous arrivons de Huye (Butaré). Aline et Michael nous ont emmené visiter l'un des lieux de travail de l'AMI.


Dès le pas de la porte, les mots de "voix de la paix", "bonne puissance", et "ubuntu" nous ont accueillis. Ubutu, voilà qui m'a mis la puce à l'oreille! En informatique, Ubuntu est un système d'exploitation libre, fondé sur Linux. Alors que venait faire cet Ubuntu au fin fond du Rwanda?


Voulez-vous avoir la patience de cheminer un peu avec moi dans mon enquête? Et permettez-moi de livrer un petit indice pour celles et ceux qui ne me connaissent pas (encore): je suis bibliste et informaticienne, formatrice d'adultes, passionnée d'empowerment (merci Marcel Arteau et Lorraine Gaudreau) et actuellement chargée d'appui institutionnel en RD Congo pour la promotion des droits humains (voir CFPD). Cela pour éclairer un peu ma surprise...

 

Venez, partons de l'AMI

 

L'AMI

 

(Site source: GRIP consulté le 18.11.09) Ami, l'association pour laquelle ils sont partis en appui, a été fondée en l’honneur et en mémoire de l'abbé Modeste MUNGWARAREBA) et de Innocent SAMUSONI. Modeste et Innocent ont fondé, avec Laurien NTEZIMANA, le Service d’Animation Théologique (SAT) du Diocèse Catholique de Butare, lancé le 01/10/1990. Dans ce service, ils ont mis au point une manière de vivre et de s’impliquer dans la résolution des problèmes des Rwandais, manière qu’ils ont baptisée "voie de la paix".

 

Cette « voie » fut une tentative d’inventer une manière d’être, penser et agir dans la difficile situation que vivait un pays en terrible guerre fratricide.

Après le cataclysme de 1994, le SAT (Modeste et Laurien) a repris cette « voie » pour y former des animateurs qui ont su, en un temps difficile, mettre les gens debout, ensemble, au travail .

L’AMI est née pour reprendre cette inspiration et la continuer dans la société du moment que le SAT, comme service diocésain, entendait s’orienter autrement.

 

Aller plus loin sur la "voie de la paix" commencée par ces trois hommes en développant, dans le Peuple Rwandais, la « Bonne Puissance » comme manière spécifique d’accomplir l'essence de l'humain (=Ubuntu ), c’est cela que nous appelons « promotion du droit-devoir fondamental de l’être humain », droit d’être bon (=kuryoha), devoir d’être don (=gutanga).

 

 

Alors et l'informatique?

 

(Site source Wikipedia, consulté le 18.11.09)

 

Son nom provient d’un ancien mot bantou (famille de langues africaines), quelqu'un d'ubuntu désignant une personne sachant que ce qu'elle est, est intimement lié à ce que sont les autres, donc il est parfois traduit en l'appliquant au "je" : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous » . C'est un concept fondamental de la philosophie de la réconciliation développée par Desmond Mpilo Tutu avec l'abolition de l'apartheid.

 

L'utilisation en informatique est une récupération de ce sens philosophique et politique tel qu'il se trouve expliqué dans le travail de la Commission de la vérité et de la réconciliation. Les attendus philosophiques pratiques du sens fondamental permettent de mieux saisir par exemple la mission technologique socialement durable de la Fondation Shuttleworth (ci-dessous) et relayée en France dans les travaux de philosophes comme Barbara Cassin et Philippe-Joseph Salazar.



Ubuntu...


quel mangifique cadeau de cette fin de semaine, merci Aline et Michael! Un mot partagé en AMItié et voilà tous mes mondes reliés. 


Ubuntu et quelques pièces du puzzle de ma vie qui viennent s'ajuster pour me donner le goût de continuer à faire le grand écart et à jouer à saute-mouton pour tisser ma part de la toile d'espérance dans laquelle bercer le monde de demain.


Je me suis souvenue des paroles de Martin Buber:

 « L’homme devient je au contact du tu. »
 « Je m’accomplis au contact du tu, je deviens je en disant tu. Toute vie réelle est une rencontre. »
 « Chaque tu individuel ouvre une perspective sur le Tu éternel. Cette fonction médiatrice du tu de tous les êtres permet aux relations entre les êtres de s’accomplir mais entrave aussi l’accomplissement de ces relations. Le tu inné se réalise en chacun et ne se parachève en aucun. Il ne se réalise parfaitement que dans la relation immédiate avec le seul Tu qui par essence  ne puisse jamais devenir un cela. »

Vermes Pamela , Martin Buber, Albin Michel, 1992, p. 90-115.

Bon tissage à chacun.e dans le monde virtuel comme dans le monde réel, pour que grandisse l'ubuntu...

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mar

06

oct

2009

Femmes, citoyennes, artisanes de paix

Voilà nous sommes de retour après une absence si longue un peu :D. Au fait, pour moi, je ne veux pas écrire rien que pour écrire, je ne veux écrire (le vrai terme c'est partager avec vous) que ce que je vis et je ressens, même si je sais que vous attendez nos nouvelles impatiemment, ce qui nous donne des ailes et permet de tisser via presque les continents : Afrique, Europe et Amérique latine.

Bon les deux dernières semaines étaient un peu chargées de travail. Peut-être c'est la première fois qu'on parle travail sur ce site, alors on a retroussé les manches pour aider les avocats à concrétiser leurs expériences de terrain pour monter des projets pour plus d'aide légale aux plus vulnérables dans différents secteurs (bien sûr c'est le rôle de l'appui institutionnel et reste le volet financier pour toucher les poches et les bailleurs de fonds :D).

Donc nos efforts tous ont aboutis au moins 5 axes essentiels que j'ai vu qu'il est si important de partager avec vous:

1- Les PVVIH: ce sont les personnes qui vivent avec le virus SIDA. Ces personnes, mineures comme majeures, ne connaissent pas leurs droits minimes telle que les droits civiques, le droit à la vaccination, la confidentialité de leur maladie. Certains malades ont été sortis des maisons qu'il louent rien que parce qu'ils sont malades; de même elles n'ont pas droit à des funérailles normales.

2- Le Monitoring des établissements pénitentiaire et assistance judiciaire des détenus vulnérables: En RD Congo, les gens vivent à moins d'1 Dollar US, ils ne peuvent pas se payer un avocat. Il y a des abus de pouvoir, des gens qui sont en prisons, dans les cachots sans rien raison, sans savoir pourquoi elles sont là ou même que leurs famille ne savent pas qu'elles sont arrêtée. Je cite l'exemple les femmes dont les maris recherchés immigrent pour l'Angola ou l'Ouganda: elles sont emprisonnées à leur places et le pire c'est qu'elles savent pas leurs droits....

3- La spoliation de la terre: c'est un sujet que je ne maitrise pas encore, honnêtement, mais ce que j'ai bien compris par exemple d'après les statistiques évoquées, c'est qu'il y a 1000000 de déplacés. Dont des bébés, des femmes enceintes, des vieillards, des handicapés. Ce nombre est très grand par rapport aux moyens mis en œuvre par les ONG onusiennes ou les autres, qui opèrent dans la région. Alors ils traitent les déplacés comme ils peuvent. Bien sûr inconsciemment il y aura des dépassements et des fautes, alors ces déplacés, réfugiés ou des retournés doivent connaitre leurs droits et leurs obligations face à cette problématique: à qui est la terre la familiale. La ferme qui a été abandonnée en catastrophe un jour exploitée par des d'autres pendant les dernières années et sur laquelle il faut revenir maintenant...

4- Le droit à l'éducation, vous vous rendez compte que les enfants accèdent à la scolarisation à l'âge de 12 ans? Vous allez me dire que c'est normal car c'est un pays en guerre, avec des déplacements massifs des gens, des enfants non accompagnés... Mais je vous dis juste: pensez à ces innocents qui subissent des âneries de quelques adultes qui se croient si fort pour imposer leur loi. La réalité du terrain nous est communiquée par nos antennes dans les provinces et par nos supervisions pendant nos « descentes », c'est à dire quand les gens du CFPD vont sur le terrain.

5- La lutte et la vulgarisation contre les violences sexuelles dans les écoles et les lycées: Nous ciblons ces établissements car c'est la tranche d'âge (9 à 17 ans) dont les statistiques montrent que les violences sexuelles sont en hausse, et nous tenons à faire de la prévention.

Si on analyse bien ces 5 axes, on trouve que les femmes sont les plus touchées. Si on cherche le dénominateur commun entre ces 5 axes on trouvera l'objectif idéal du CFPD pour les prochaines années: « Femmes, citoyennes, artisanes de paix ».

Le CFPD voit la force des femmes congolaises, il veut permettre aux femmes de prendre leur vie en main, leur citoyenneté, et pourquoi pas, participer activement à la vie politique. En 2011 il y aura des élections présidentielles auxquelles les femmes sont impliquées à participer en toute autonomie pour accéder à la démocratie qui reste le rêve de tous les peuples.

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lun

05

oct

2009

Rêve d'immortalité

Le site auféminin.com salue les lauréeat du prix Nobel de médecine 2009 par un article intitulé

Le prix Nobel de médecine 2009 récompense la recherche sur l’immortalité…

 

Depuis ses origines, c'est en tout cas ce que nous raconte la Bible, l'humain essaie d'être comme Dieu et de manger de l'arbre de vie qui le rendra immortel. Si le travail des 3 lauréats soulève un immense espoir face à des maladies terribles et ravageuses, le titre choisi par l'auteur révèle  que d'une part le rêve d'immortalité est bien présent dans l'inconscient collectif et que d'autre part il semble moins utopique que par les siècles passés.

 

Le génie humain est capable du meilleur. Et du pire.

Soulager les souffrances, donner de l'espérance, rendre le sourire au quotidien, le meilleur. Faire croire que l'humain peut échapper à sa finitude, qu'il détient le pouvoir de mort ou de vie, le pire.

 

Ce qui a été récompensé par le prix Nobel n'est sans doute pas, en tout cas je l'espère, la recherche sur l'immortalité, mais la recherche contre la souffrance et la maladie.

 

La limite entre vouloir vivre et accepter d'être mortel est ténue, et combien fragile le travail d'équilibriste pour être entre naître et mourrir...

 

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jeu

10

sep

2009

Un jour marquant

Préparation de la Fête Préparation de la Fête

Le mardi 8.9.2009 a été un jour marquant dans ma vie. C'est la journée internationale d'alphabétisation, j'ai assisté à la fête du Collectif Alpha Ujuvi (pour qui je fais une évaluation financière), une grande ONG locale qui lutte contre l'analphabétisme et l'illettrisme. Son objectif: apprendre aux gens l'écriture et la lecture pour qu'ils puissent mener leur vie dignement, et aussi vivre sans mendier.

La fête a commencé par la messe, à laquelle à vrai dire je n'ai rien compris pour deux raisons: la première, c'est que c'est la première fois que j'assiste à une messe, avec tout mon respect. La seconde, c'est que cette messe était en swahili! Double dépaysement!!

Mais ce que j'ai bien compris, c'est que les membres du Collectif, et surtout la coordinatrice, Soeur Deodata, Ursuline, ont voulu avoir la bénédiction de notre Dieu en tout ce qu'ils font, chose que je comprend bien, car on peut comprendre cela, même si nos religions sont différentes.

Puis, ce sont les bénéficiaires d'alphabétisation accélérée au sein du collectif qui sont intervenues pour présenter le fruit de leurs activités: la danse, les sketchs.... Voir ces enfants, dont l'âge varie entre 8 et 13 ans, exceller dans ce qu'il font, c'était exaltant; ils arrivent à un niveau de professionnalisme impressionnant.

Papa Ernest, conseillé d'éducation, m'a dit « les enfants ont beaucoup de choses en leur intérieur, il faut juste leur donner la tendresse nécessaire pour qu'ils puissent faire des merveilles »!

C'est vrai. Ils font des merveilles. Tous, apprenants et éducateurs. Sachant que ces enfants ont vécu différents traumatismes (viol, exploitation physique), on ne peut que saluer les efforts des formateurs et animateurs qui ont réussi à détraumatiser ces enfants et laissé externaliser leur peur, leur angoisse. Qui leur ont appris qu'ils ont de la valeur et qu'ils peuvent commencer une vie meilleure.

Puis, c'était l'intervention des bénéficiaires d'alphabétisation dans les provinces et brousses. C'est vraiment une fierté du collectif, des mamans âgées et des filles qui dépassent les 25 ans, qui viennent témoigner qu'elles ne savaient ni lire et écrire, et que grâce à leur formation au sein du Collectif ou avec les centres adhérents au Collectif, elles arrivent même à faire du commerce, elles savent si elles sont en déficit ou en bénéfice...Cela fait chaud au cœur, et on ne peut que lever le chapeau pour les efforts consenti par le Collectif.

Les Pygmées aussi, population marginalisée et vulnérable, grâce à l'alphabétisme, commencent à exploiter la terre et cultiver et même ils montent des entrepôts pour leur récoltes, font de la poterie, selon un témoignage d'une maman pygmée.

Mais, comme pour chaque chose dans cette vie, si elle a des effets bénéfiques, il y a aussi les effets négatifs. A force de manquer d'argent, le Collectif ne peut pas financer les formations et l'apprentissage des analphabètes plus de 2 ans (apprendre lire et écrire swahili, le français langue administrative et apprentissage d'un métier).

Ainsi il y avait un témoignage d'une fille, qui demandait à la chargée de la division des affaires sociales de la province comment elle peut continuer ses études, car elle n'a pas la possibilité de le faire, puisque sa formation au sein du Collectif a pris fin.

Puis, il y a eu une table ronde qui a permis de partager d'autres témoignage et les réponses des délégués de différents ministères. Et vraiment c'était fructueux, ce débat entre la population et les agents des autorités.

Ce qui m'a marqué, ce sont les témoignages des grandes mamans, qui été si émouvants; elles s'exprimaient avec tout leur élan et leur sensibilité. Ce qui m'a impressionné, c'est qu'elle arrivent à la fin de leur cours d'alphabétisation et elles s'expriment très bien, elles font de bonnes synthèses; il y en avait plusieurs, mais une en particulier, que Véronique a remarquée, qui est une excellente communicatrice, elle a confiance en elle, elle sait gérer bien la tenue du microphone et fait un remarquable travail de marketing pour le produit qu'elle vient exposer aux gens....

Quand je parle de ces mamans, je me souviens en même temps de notre cuisinier. C'est vrai qu'il sait parler le français, le lire et même l'écrire, donc on peu le qualifier d'alphabétisé, mais, puisque, comme il comme il le dit lui-même, il est « un cuisinier », il pense qu'il doit obéir,. Et apparemment durant toute sa vie, puisqu'il a travaillé avec des européens, il n'a pas la faculté de réfléchir et prendre des décisions concernant son travail.

Alors ici, je me permets de poser des questions:
  • En voyant les mamans, qui s'expriment bien, et qui sont persuasives, qui peuvent diriger, et les comparant aux personnes « alphabètes » comme notre cuisinier, c'est quoi la définition d'alphabétisme?
  • Entendre le député dire que c'est bien d'être alphabétisé pour savoir ses droits et ses devoirs civiques, est-ce que ça ne montre pas que l'alphabétisme devrait être un axe primordial pour promouvoir la paix dans les pays déchirés par les guerres et les intérêts personnels ?
  • Tous les participants, les bailleurs, les délégués des ministres... ont été unanimes pour louer le travail consenti par le Collectif, mais ce dernier réclame des financements pour pouvoir continuer ce qu'il a commencé. N'est il pas temps que les organismes internationaux agissent et tendent la main a cet organisme?
  • N'est il pas temps aussi que l'État se manifeste et soit présent davantage pour soutenir les ONG locales qui ont comme seul souci de promouvoir le bien et la dignité de la population congolaise?



Si le sujet de l'alphabétisation vous intéresse, Véronique a lancé un sujet de discussion sur notre groupe de discussion Facebook. Elle se pose la question suivante: est-ce que seules les personnes alphabétisées sont dignes d'être entendues, citoyennes et responsables? Comment donner la parole à toutes celles et ceux qui ne savent ni lire ni écrire?
Pour rejoindre le groupe, cliquez sur le badge Facebook de la page d'accueil.


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mer

02

sep

2009

Questions d'éthique

Depuis mon affectation en RD Congo par Eirene Suisse, pour l'appui institutionnel et financier dans une ONG congolaise (CFPD), une question tourmentait mon esprit : comment associer les exigences et la rigueur de la gestion d'entreprise, caractérisée par une rentabilité maximale (la maximisation des profits pour un minimum de coûts), et l'environnement des ONG qui sont censées être sans but lucratif et qui travaillent dans le domaine humanitaire ou le développement.

A vrai dire, je rêvais depuis le début, bien sûr avec les membres du CFPD, de faire du CFPD une ONG de très grande notoriété à l'échelle nationale et internationale pour ses valeurs et l'engagement de ses membres. Comment faire cela avec mes compétences de financier, mon éthique économique et financière dans le respect des valeurs que je perçois au CFPD?

La première différence que j'ai pu remarqué entre le fonctionnement des entreprises et les associations à but non lucratif (ou sans but lucratif ASBL), c'est l'objectif.

Pour l'entreprise, son souci principal est de dégager un profit qui lui permette de vivre, de se battre afin de trouver une clientèle, la fidéliser afin de survivre sur le marché des concurrents, selon la loi de marché. Les bénéfices qu'elle dégage permettent dans l'idéal à la société de vivre: emplois, salaires, investissements...

Par contre les associations sans but lucratif ne cherchent pas à faire de l'argent mais elles cherchent des bailleurs de fonds qui leur donnent de l'argent pour financer leurs activités diverses pour aider humainement les plus vulnérables. Et on peut trouver une multitude d'ASBL qui travaillent dans les mêmes projets (comme la lutte contre le viol des femmes) en collaborant ensemble, sans avoir forcément un esprit de concurrence, et déjà c'est un « idéal ».

Ainsi, entreprises et associations ou ONG travaillent pour dégager un « profit », une finalité qui dans les deux cas devraient idéellement servir la société. Quelle est la différence?
Pourquoi qualifier le profit des entreprises de lucratif et celui des ong de non-lucratif (humanitaire)?

La tenue de la comptabilité aussi diffère. Pour les sociétés c'est une comptabilité financière, qui doit dégager des informations utiles aux différents décideurs pour le sort de l'entreprise. Pour les ASBL, c'est souvent « juste » une comptabilité d'encaissement et de décaissement.

Mais les deux ont une chose en commun entre les deux qui m'a frappé: le statut du personnel. On trouve dans les entreprises comme dans les ASBL du personnel non permanent ou non titularisé. En entreprise on parle de CDD (contrat a durée déterminé), par contre pour les ASBL, on parle de contrat de bénévolat. Dans les deux cas, c'est une exploitation du personnel.
Résultat logique: le personnel, non impliqué, subit la situation mais si l'occasion se présente, les personnes changent d'ONG ou de société.

Cela dit je me trouve bien dans ce domaine, et j'espère que ça reste sincèrement des activités « humaines », car ce que je remarque des détournements dans l'utilisation de ce terme.
Beaucoup d'ASBL utilisent les projets porteurs ou dont les sujets font la une de l'actualité pour avoir des fonds, ce qui nuit aussi à l'image du pays où elles sont impliquées, en tout cas, c'st le cas pour la RD Congo. Je me référé toujours à l'exemple de projets autour de « la lutte contre le viol de femmes ». A force que ce projet est utilisé pour avoir des fonds, l'opinion international croit que tous les hommes de RD Congo sont des violeurs. Je ne nie pas l'existence des viols ni leur horreur , ni les sanctions qui doivent être prises. Mais ce qui fait mal, c'est que cette histoire est devenue un commerce, un gagne-pain pour des gens qui veulent se faire de l'argent avec un sujet porteur.

Ces réalités me laissent me poser beaucoup de questions et me laissent réfléchir sur le sort de l'humanitaire dans les prochaines années: si on utilise les souffrances humaines pour faire de l'argent, est-ce que cela ne touche pas la dignité humaine que nous sommes appelés à protéger?

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dim

23

aoû

2009

Les violences faites aux femmes

 

Après le passage de Mme Clinton et son appel à réprimer les violences contre les femmes, la question essentielle des violences physiques faites aux femmes en RD Congo a ressurgi sur toutes les lèvres. Nombreuses sont Dieu merci les personnes et les organisations locales ou internationales qui se penchent sur cette question.

 

Cela dit, nous aimerions nourrir la réflexion autour de la violence faite aux femmes par quelques éclairages compémentaires:

  • Les hommes ici ne sont pas tous, et loin s'en faut, des abuseurs. Et nombre d'entre eux sont engagés dans un processus de défense des droits des femmes. Les entretiens que nous avons pu mener avec eux mettent en lumière leur sentiment d'humiliation et de souffrance: "Nous ne sommes pas tous des violeurs".
    Pour promouvoir la paix est-il possible de prendre en compte la souffrance des hommes injustement mis "dans le même sac" que tous les criminels qui utilisent les femmes comme moyen d'humilier les adversaires? Oserons-nous imaginer trouver avec les hommes des pistes de collaboration et de dialogue? Ces hommes n'ont-ils pas autant besoin que les femmes d'être entendus et d'avoir accès à la parole?
    Le tissage commun entre toutes les personnes victimes des humiliations  sexuelles ne pourrait-il pas être fécondant? Est-il possible d'éviter de creuser le lit genre pour créer ensemble un espace d'apaisement?

  • La justice commence à faire son travail, à juger et emprisonner des auteurs de violences faites aux femmes. Néanmoins, de même que les sociétés du nord, en dénonçant à juste titre la pédophilie et l'inceste, n'ont pas pu empêché des détentions arbitraires et injustes, en RD COngo, dans un désir louable de faire justice, il est des vieillards impotents, physiquement incapables de nuire à la moindre femme, qui se retrouvent emprisonnés en attendant leur procès, sur la simple foi de dénonciations qui peuvent être nourris par toutes sortes de sentiments humains bien éloignés d'un désir de justice véritable. Et être en détention provisoire à Goma, c'est vivre dans un cloaque immonde sans aucune perspective de lendemain. Les humanitaires qui se rendent à la prison sont assez souvent contraints de porter des masques tant la pestilence est insupportable. Se retrouver dans cet espace surpeuplé, sans savoir pourquoi, et ignorer quand ou comment en ressortir, n'est-ce pas aussi d'une violence insupportable? Uen violence peut-elle en faire accepter une autre ou la réparer?

  • Les violences sexuelles ne sont pas les seules violences faites aux femmes. De nombreuses femmes sont ignorantes de leurs droits par exemple en matière de droit conjugal. Le concubinage est monnaie courante ici. Reconnu, il confère, de par la législation, des droits aux femmes. Or les femmes sont nombreuses à nous parler de leur difficulté à faire face au quotidien quand elles se retrouvent seules avec 4-5 enfants et un ex-compagnon qui les lâchent du jour au lendemain sans aucun soutien financier. Ces femmes ne savent pas comment nourrir leurs enfants, les éduquer... et nombre d'entre elles ne peuvent pas retourner chez leurs parents.

    Parmi elles, des femmes universitaires, diplomées. Mais majoritaires à penser que si "l'homme" les abandonnent, c'est "de leur faute". ce sentiment est encore renforcé par les nouvelles églises. Et nous retrouvons ici les séquelles, maintes fois relevées par de nombreuses associations féminines, comme le Forum oecuménique des femmes chrétiennes d'Europe: la situation des femmes n'est pas liée uniquement au non-droit ou au non-respect de la justice, mais au fait que les femmes n'ont souvent pas conscience d'être des personnes à part entière.

    Tout un travail de conscientisation pour lequel la médiation des textes sacrés, Bible, Coran, pourrait être d'un grand recours. En effet, si la rumeur croyante fait des femmes des êtres soumis sans droits, les textes sacrés prescrivent eux le respect de la femme et la complémentarité homme-femme. La médiation des textes sacrés est d'autant plus importante que la soumission volontaire des femmes ici, pour ce que nous avons pu observer à ce jour, est encouragée par les mouvements évangéliques fondamentalistes. En faisant appel au pathos, ils exaltent chez les femmes un besoin d'absolu qui les conduit à trouver une forme de sublimation dans l'acceptation de leurs souffrances au quotidien.

    Et pour chaque femme qui se résigne à être fautive de l'échec de sa relation, il y a une petite soeur, une fille qui la voit et qui peut-être un jour suivra ses traces. UneTelle, 28 ans, vendeuse, nous dit: "je ne sais pas si je vais me marier, car aujourd'hui je suis financièrement indépendante, je peux soutenir mes parents, j'ai une vie, même si ce n'est pas une vie de femme. Si je tombe amoureuse, que je me marie, et que mon mari me fait un enfant chaque année, et qu'au bout de 5 enfants il me laisse tomber pour une autre, sans nous nourrir, est-ce que c'est mieux? Vraiment, je ne sais pas quoi faire. Je prie beaucoup pour avoir une réponse." 

    Croyantes - nous sommes ici dans un milieur profondéement croyant et pratiquant -  le recours seul au droit, à la loi ou aux thérapies individuelles ou sociales ne saurait les convaincre de leur dignité. Revisiter ensemble les grandes figures féminines de nos textes sacrés, dépasser les on-dit sur les relations masculin-féminin dans les textes sacrés et se réapproprier en les étudiant les grandes histoires de l' Histoire Sainte  pour nourrir et transformer les relations entre les hommes et les femmes, une autre piste possible pour nourrir un changement en profondeur et féconder la paix?

 

D'avance merci pour tous les commentaires qui nous aideront dans nos réflexions...

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