mer
21
avr
2010
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21
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2010
Véronique Isenmann
Formatrice d'adultes
Bibliste et informaticienne
Auteure
Volontaire Eirene Suisse
accueil@paindesel.org
Bonjour chères collègues,
Permettez-moi de vous partager quelques réflexions spontanées qui me sont venues cette fin de semaine de la joie de vous connaître tantôt.
J'ai eu la chance immense de côtoyer quelques-unes de nos grandes mères et de nos soeurs en « encapacitement » de part le monde et je leur suis grandement redevable de mes cheminements. Certaines sont très connues comme Yvonne Gebara, eco-théologienne de la libération en Amérique latine, d'autres sont d'illustres inconnues comme Aï et Mino. Toutes ont changé leur réalité et contribué à rendre leur monde plus humain.
Mon travail de bibliste m'a appris que sans l'équilibre masculin-féminin, inscrit au coeur même des deux récits de la création, le surgissement du nouveau est impossible. Or ma petite expérience de cette région me montre que les récits sacrés sont racontés et interprétés comme des outils de domination des hommes sur les femmes. J'ai eu la chance de commencer à pouvoir relire avec des femmes et des hommes certains des récits bibliques et j'ai été sensible à l'espérance d'une re-co-naissance que je voyais naître à travers ce travail. Dans un monde où la croyance formate le quotidien, il est à mon sens incontournable de proposer aux femmes comme aux hommes une mise en travail de ces textes fondateurs. Car tant que les femmes craindront les foudres divines, tant qu'elles seront persuadées qu'elles sont par essence inférieures et faites pour être dominées de par un décret divin, choisir de se tenir debout signifiera s'élever contre un tabou, celui immuable de la volonté divine transmise par les hommes, qui leur fait risquer non seulement leur vie ici-bas mais aussi leur vie éternelle. Travailler avec les femmes et les hommes de bonne volonté les textes bibliques me parait indispensable pour briser la coque des mots-maux et permettre un espace de face à face et de vis-à-vis.
Mon travail de formatrice et de bibliste m'a appris que nommer est essentiel. Nommer les violences, nommer l'indicible, mais commencer aussi par se dire. Tant que les femmes ne se nommeront pas ou se nommeront au masculin, elles participeront du maintien sous tutelle du féminin. Après avoir longuement réfléchi aux implications de la formulation « le masculin englobe le féminin », dans les sessions de formation j'ai opté il y a quelques années avec quelques collègues pour une alternative: j'utilise le masculin quand il y a une majorité d'hommes et le féminin quand il y a une majorité de femmes. Ainsi chacun.e peut être accueilli.e au sein du groupe majoritaire.
Or j'ai cru comprendre que dans cette région les femmes ont si peu conscience de leur être qu'elles ne se disent pas. Il ne saurait à mon sens y avoir de développement du pouvoir d'agir que parallèlement au développement de l'estime de soi. Et il ne saurait y avoir de développement de l'estime de soit que dans l'expérience et la conscience de sa propre existence.
De plus il me semble qu'il y a là une piste importante de coopération avec les hommes de bonne volonté. Car j'ai cru comprendre que dans cette région beaucoup d'hommes ne se disent pas non plus ou parlent d'eux au neutre. Apprendre à dire et se dire mutuellement les souffrances nées de la négation de l'être, les nommer et se nommer, c'est non seulement être et devenir en tant qu'individu.e, mais aussi choisir ou assumer sa place au sein du groupe et donc de la société.
Au nord les féministes n'ont pas vu d'autre possibilité dans les années 60 et 70 que de défendre leurs droits contre les hommes et de devenir comme eux pour trouver leur place. Mais de plus en plus de femmes de la 2e ou 3e génération de femmes de l'après-révolution féministe sont fatiguées de ce combat contre les hommes plutôt que du travail en synergie.
Comme d'autres théologiennes, j'ai choisi de ne pas me dire féministe mais féminine. Par là nous entendons dire que nous travaillons à la dignité des femmes mais que nous le faisons en tant que femmes. Que nos approches et notre regard sur le monde sont des approches et des regards féminins qui ont le même poids et la même valeur que celles des hommes.
Ce que nous demandons c'est une véritable égalité de reconnaissance en tant que personnes mais que nous ne tenons pas à avoir les mêmes rôles ou les mêmes fonctions que les hommes. Comme féminines nous tenons à être des femmes et à être reconnues dans notre spécificité de femmes, cette spécificité-ci étant pleinement égale à la spécificité des hommes. Cela implique par exemple que le monde du travail féminin tient compte du rythme cyclique des femmes et que les femmes arrêtent d'avoir honte d'être moins « performantes » à certains moments qu'à d'autres. Cela implique que la notion de performance même est redéfinie par les femmes pour les femmes et partagée avec les hommes. Et que les femmes arrêtent de juger les autres femmes selon des critères masculins.
Au Forum Œcuménique des Femmes Chrétiennes d'Europe, nous avons entendu nos sœurs d'Europe de l'Est dire aux féministes de l'Ouest: « Laissez-nous trouver nos propres chemins pour nous dire et pour dire aux hommes qui nous sommes. Ne nous entrainez pas dans la lutte des genres, parce que à nos yeux c'est une voie sans issue».
Au Niger, de tradition polygame, des femmes, battues par leurs époux, avaient trouvé leur propre voix sous la forme d'un sifflet strident, pour alerter la communauté villageoise et mettre fin à leur torture. Et elles sont venu interroger leurs sœurs d'Europe: « Voulez-vous nous dire qu'en Europe les hommes sont toute leur vie fidèles à une seule femme? Et si ce n'est pas le cas, pouvez-vous nous dire quelle est la place d'une première épouse, détrônée par une concubine ou une maitresse' Est-ce qu'elle perd sa place dans la société? Est-ce qu'elle est encore invitée? Est-ce qu'elle est encore fréquentable? ». Grandes interrogations qui ont ouvert de nombreuses blessures chez les femmes libérées de chez moi...
J'ai eu le sentiment que l'immense travail autour des questions liées au genre se fait dans cette région selon le modèle européen ou nord-américain. Je crois que les femmes d'ici ont à trouver leur propre équilibre dans les questions genre sans se laisser mettre sous tutelle par les grands courants occidentaux. Le modèle occidental de libération des femmes est né et a évolué dans un contexte précis. Il ne peut pas être appliqué tel quel ici, où les relations au corps, à l'environnement, à la tradition et au masculin sont totalement différentes. Je trouverais encourageant pour toutes les femmes que les femmes d'ici osent trouver leur propre manière de dire et vivre leur féminisme ou féminité.
La question de la parité imposée dans les instances politiques n'est pas une garantie, loin s'en faut, de la reconnaissance des femmes et de leur être au monde spécifique. Un contre-exemple en est la réduction de la durée du congé de maternité au Rwanda voté par un Parlement majoritairement féminin en mai 2009.
En Suisse une enquête réalisée il y a quelques années auprès des femmes sur le peu de présence féminine dans les instances politiques a révélé que les femmes ne voulaient pas faire de la politique car elles ne voulaient pas « jouer » sur le même mode que les hommes. Que leurs approches et méthodes de travail étaient complètement différentes et qu'elles ne se reconnaissaient pas dans les approches masculines.
Informaticienne, j'ai évolué dans un monde éminemment masculin et j'ai eu la chance en plus de 20 ans de formation d'adultes comme consultante, de tirer la leçon des formations données au sein des grandes entreprises européennes comme auprès des mamans de la brousse: L'apprentissage de l'informatique par les femmes est totalement différent de celui des hommes. De manière un peu schématique, je dirai que les femmes ont des tâches qu'elles veulent réaliser et l'informatique est un outil, comme le pilon, pour arriver à faire leur travail. Ce qui les rend très efficaces et performantes dans l'utilisation des ressources logicielles qu'elles utilisent souvent à un pourcentage élevé. En revanche, elles sont consacrent moins d'énergie à la compréhension du système logiciel dans lequel elles évoluent ce qui les rend moins compétentes à résoudre les problèmes techniques, les pannes et autres désagréments inattendus. Il y a là de belles perspectives de complémentarité et de synergie possibles entre les femmes et les hommes; et une conviction: les femmes peuvent réenchanter le monde en tant que femmes...
Par ailleurs quand les lois du groupe sont oppressives et discriminatoire pour certains de ses membres, parler en JE et se dire c'est s'élever encore contre un tabou, celui du fonctionnement immuable du clan. Or il se trouve que les gardiennes des valeurs du clan sont souvent les femmes et qu'elles sont donc les relais et transmettrices majeures de la perpétuation des valeurs oppressives contre les femmes. La prise de conscience de cette réalité est souvent choquante pour les femmes, et donc irrecevable. Mon travail avec des femmes conteuses, psychanalystes, spécialistes du langage ou des rites de passage, avec les griots généalogistes, m'a amené à penser que ce tabou-ci est si difficile à affronter qu'il est préférable de l'aborder à travers la médiation d'approches tierces: récits de vie, jeux de rôles, contes, récits traditionnels, arts, danse.
Il me semble que dans cette région le langage est si fortement clivé qu'il serait peut-être intéressant de développer un réseau de formatrices et formateurs qui connaissant bien la tradition et le droit coutumier et soient à même d'accompagner les femmes et les hommes par des techniques et des chemins de communication moins lourdement connotés vers une transformation féconde des valeurs traditionnelles.
A titre d'exemple: J'ai été frappée par l'interdiction encore en vigueur faite aux femmes de consommer des oeufs. Il est concevable que les femmes, à partir des expressions traditionnelles de part le monde portant sur l'imaginaire populaire autour de l'oeuf, créent une danse, une pièce de théâtre, un conte... qui change le regard sur les oeufs et les femmes gobeuses d'oeufs! Il est concevable que les femmes fassent circuler de village en village et de bouche à oreille une histoire, une musique... pour transformer la réalité. Car s'il est illusoire de croire que la raison et les arguments scientifiques soient suffisants pour changer la tradition, l'imaginaire en revanche est un levier puissant pour transformer l'inconscient collectif.
Il me vient bien des pistes encore, aussi je me réjouis fort de ce tissage commun qui change aussi ma réalité de femme du nord vivant au sud et qui je l'espère tendra sa toile jusque vers les femmes de chez moi qui ont aussi tant besoin de l'espérance de toutes les femmes.
Avec mes salutations amicales, Véronique
Extrait de
Empowerment : désirs et défis
LA PERCEPTION DE L'ÊTRE HUMAIN
À l'instar de Freire, de Heller, de Le Bossé et de Ninacs, nous
avions la conviction que chaque être humain peut agir sur le
monde et dans le monde. Au lieu d'avoir été ébranlée par
l'expérience vécue au Centre, cette conviction en a été renfor-
cée.
Il vaut la peine ici de prendre la mesure d'une telle affirmation
car chacun de ses termes est lourd d'implications. « Chaque être
humain ... » : toutes les femmes et tous les hommes. Sans ex-
ception. Même exclue de longue date, toute personne est
concernée au premier chef par la problématique de la pauvreté
et a son mot à dire. La personne exclue a d'autant plus ce droit
qu'elle est la première concernée puisque c'est elle qui en souf-
fre.
« ...peut agir... » : peut, du verbe « pouvoir » ! Peut agir, de
l'expression, pouvoir d'agir ! Toutes les femmes et tous les
hommes, peu importe leur statut, ont le pouvoir légitime, le droit
d'intervenir. Leur agir peut n'être que soumission aux solutions
montrées, ou encore, il peut consister à prendre part au jeu
d'essais et erreurs qu'est la recherche de la dignité pour tout être
humain. « ...peut agir... » : signifie aussi avoir un potentiel
d'action, une capacité d'intervention pour corriger la situation.
Chaque femme, chaque homme possède donc le pouvoir légi-
time et un certain potentiel d'agir.
« ...sur le monde... » : agir sur, pour transformer, pour changer
la forme, pour imprimer un changement. Comme le marteau de
la forge agit sur le métal chauffé à blanc. Agir avec une intention
et pour obtenir un résultat. Chaque femme, chaque homme, a le
pouvoir légitime et un certain potentiel d'agir pour changer ce qui
doit être changé.
« ...dans le monde » : agir, non pas isolément dans son monde,
mais, parmi les autres, avec les autres femmes et les autres
hommes qui (chacune, chacun) ont le pouvoir légitime et un
certain potentiel d'agir pour changer ce qui doit être changé. De
plus, en agissant dans le monde, voir son pouvoir décuplé et son
potentiel multiplié, et en être transformé puisque, étant dans le
monde, l'action des autres sur le monde me fait changer moi-
même.
Quelques références
Arteau Marcel & Gaudreau Lorraine, Empowerment : désirs et défis, Récit d'une expérience d'insertion par le développement du pouvoir d'agir, Le Collectif québécois d'édition populaire, Québec
2007
Isenmann V., La Dame de sel, Des lectures plurielles pour les Ecritures, Novalis, Montréal 2006
Isenmann V. & Leiggener M, Dieu a perdu son miroir, Histoires pour consoler Dieu, Novalis, Montréal, 2007
Femmes et solidartié SOFEMA, Niger
http://www.paindesel.org/sofema-niger-femmes-qui-changent-le-monde/
Forum Oecuménique des Femmes chrétiennes d'Europe_ http://www.efecw.net/index.htm
dim
14
mar
2010
Suisse - Campagne de Carême 2010
Comme ancienne collaboratrice du Cahier liturgique, je connais la somme de travail et de bonne volonté de chaque personne engagée dans la réflexion et dans la préparation des documents, des célébrations et manifestations de la Campagne de Carême.
Et la joie aussi des partages, et le stress. Pensez! Une poignée de 4 personnes pour le cahier catéchétique et une autre petite poignée pour le cahier liturgique...
Mais comme chaque année, je suis très critique aussi à l'égard de l'affiche de la campagne, plus encore depuis que je suis en RD Congo: Ce n'est pas seulement le méchant blanc qui ramasse la donne. Ici si le noir du coin peut dévaliser les blancs, et surtout s'il peut dévaliser les autres noirs qui l'entourent, il sera HEUREUX!
mer
03
fév
2010
...Depuis que nous vivons à Goma, il fait beau temps. Et six mois se sont écoulés, lisses, pareils au précédent et au suivant. Avec juste, de temps en temps, un gros orage qui durait le temps d’un soupir, pour nous faire accepter que tout est pareil à hier et à demain....
jeu
28
jan
2010
A vos ordres Chef !!!!
Comme j'ai remercié notre cher Jérôme, lui l'architecte de notre mission en RDC! Je lui renouvelle mes salutations les plus profondes, car vraiment ce coin du monde est une vraie école d'apprentissage tant au niveau humain et relationnel qu'au niveau professionnel.
7 mois de vie à Goma, période pleine de belles choses, les visites éclairs de nos chers amis Aline et Michael, la rencontre de gens visionnaires qui défendent les même valeurs que nous; période pleine de mauvaises choses, la poussière étouffante, la terre volcanique qui fait que les gens trébuchent à chaque pas....
ven
15
jan
2010
Notre amie et collègue Céline, est en mission à Liancourt, Haïti.
Son blog est accessible sur notre site: cliquez ici si vous souhaitez lui déposer un message d'encouragement ou de soutien pour elle ou la communauté, dans la rubrique Contact.
Vous pouvez l'écouter sur Léman bleu en cliquant ici
Vous pouvez aussi rejoindre Eirene Suisse pour avoir plus de nouvelles
Elle nous a fait parvenir le message suivant, qui témoigne à la fois de la situtation mais aussi de toutes les interrogations qui peuvent nous agiter comme volontaires sur le terrain.
Courage Céline, toute l'équipe Eirene de la région des Grands Lacs est de tout coeur avec toi, avec tes amis, ta communauté, tes familles de coeur.
dim
27
déc
2009
Cette année, pas de sapin joliment décoré
Pas de chants de Noël, de guirlandes ou de paquets enrubannés
Mais Noël, dans toute sa fragilité
Quand les plus vulnérables à nos côtés se demandent quoi manger
Quand les chars des plus riches passent dans les gouilles
en projetant la boue sur les mamans
qui tentent pour leurs enfants de trouver un petit rien pour fêter.
Fragilité du vide et l'absence
de ceux qui nous ont quitté
de ceux que nous avons laissé
de ceux que nous aimons
éparpillés comme autant de lumières
tout autour de la terre
Fragilité de la souffrance et de la violence
Quand nos habits portent encore l'odeur
de l'absence de justice et de paix
L'odeur persistante de la prison, de la corruption,
des hommes au visage baissé,
Des souffrances tues, de cet espace où le temps est arrêté...
Noël, dans toute sa puissance
Dans les jeux que les prisonniers adolescents inventent pour habiter le temps
Dans les yeux brillants d'espérance de cet homme injustement incarcéré
et qui attend son procès depuis plus d'une année.
Dans le pot de chocolat partagé entre amis
à parler, rire et aussi à pleurer
Dans la nuée de papillons blancs
qui au lever du soleil s'élève sous ma fenêtre
et dans un bruissement d'ailes si léger, si léger
va déposer dans le ciel les messages de tendresse du monde entier
et dessine dans l'aurore une trace parfumée
Souffle d'espérance, joie inaliénée.
Noël, fragile et puissant, présence et présent
Que l'an neuf qui s'en vient
fasse de chaque jour un présent en puissance...
mer
02
déc
2009
Continuer à y croire...
Les résultats des votations de dimanche placent la Suisse sous les feux de la rampe sur le plan international. Mais la chère vieille Dame malheureusement ne se montre sous son meilleur
jour.
Expatriés au Congo comme volontaires engagés auprès d’une ONG locale pour promouvoir la paix, vivant dans un pays où la paix civile est loin d’être une réalité mais où la paix religieuse est un
fait, nous avons dans un premier temps été paralysés et incapables de réagir. Permettez-nous maintenant de prendre le clavier pour vous rendre écho des effets de cette votation à 6000 km de chez
nous.
D’abord, et je tiens à le préciser, le résultat de la votation sur l’exportation des armes de guerre est au moins aussi désastreux même si vu d’ici il semble faire couler moins d’encre. En effet,
comment expliquer que la Suisse est à la fois engagée pour la promotion de la Paix et que dans le même temps elle fait de l’argent avec des armes qui tuent au sud en offrant des oreillers dorés
au pays? Les collègues ont eu beau jeu hier de faire des gorges chaudes. Notre crédibilité a pris quelques rides sérieuses.
J’ai été invitée à prendre la parole ces prochains jours dans le cadre d’une journée sur la démocratie avec la société civile pour expliquer le fonctionnement de la démocratie en Suisse. Parce
qu’aujourd’hui je représente un peu la Suisse ici, je compatis sincèrement avec tous nos diplomates, qui doivent subir les quolibets et les interpellations dans leur pays d’accueil sans perdre la
face et en défendant au mieux les visions et les valeurs de notre bonne vieille Suisse et la place du peuple souverain.
Les premières réactions sont venu sabrer directement mon mode de travail participatif et mes options profondément helvétiques et résolument démocratiques: « tu vois où ça te mène! Le
développement du pouvoir d’agir c’est bien, mais les gens sont bêtes, et si tu veux éviter les dérapages, ça prend des chefs pour éviter les décisions idiotes, ça prend un organigramme et des
gens compétents à la tête ». Inutile de faire remarquer qu’on voit toujours mieux la paille dans l’oeil de l’autre.... J’ai pris un coup de vieux et mes ailes d’espérance ont eu de la peine
à battre.
Face à toutes les remarques négatives sur facebook et dans notre entourage, j’ai eu envie de défendre notre processus de prise de décision. Originaire d’Alsace, j’ai depuis mes premiers jours en
Suisse, il y a de cela bien longtemps, une profonde admiration pour le processus démocratique en Suisse. Mais j’ai tiré une grande leçon des votations sur les étrangers en 2006 : notre peuple
suisse est atteint par le syndrome de la peur.
La peur de l’inconnu. La peur de perdre.
Au moment des votations sur les étrangers, il y a quelques années, j’entendais dans le train une dame dire pis que pendre des étrangers et dans la phrase suivante vanter les mérites de son
employée de maison, une étrangère. Et elle a expliqué cette belle schizophrénie avec les mots suivants: « mais elle c’est pas une étrangère, je la connais ».
Les musulmans de Suisse, dont certains me font l’honneur d’être mes ami.es, sont avec les autres croyants engagés, des artisans de paix pour la Suisse de demain. Avec Moez, nous nous
demandons si les chrétiens et les musulmans de Suisse ont assez travaillé ensemble pour que les personnes et les communautés ne soient plus étranges l’une à l’autre, mais qu’elles fassent partie
intégrante de la famille suisse.
La cohabitation pacifique, et Dieu soit loué, réelle et efficace dans le dialogue quotidien à Goma, entre les différentes religions et confessions pourrait servir d’inspiration à la
reconnaissance mutuelle en Suisse. Et quel bel échange Sud-Nord ce serait, que d’apprendre en Suisse quelque chose sur la paix religieuse du Nord-Kivu.
Dans notre 2e newsletter, j’écrivais: « Imaginez à l'aube, à 4h30, l'appel à la prière qui se répond de mosquée en mosquée, rejoint par les cloches des Ursulines; auxquelles succèdent
les prières des Pentecôtistes, des Adventistes... Ferveurs qui montent dans un ciel dans lequel la lune ne ment pas, au chant des coqs et aux martèlements des forgerons qui ont pris leur
travail. » .
La fin de semaine passée nous avons fêté tous ensemble l’Aïd El Kebir et le surlendemain le début de l’Avent. Aux grandes fêtes religieuses (et croyez-moi elles sont nombreuses), nous nous
interpelons entre amis: « prie pour moi en ce jour de fête, comme je prie pour toi quand c’est le temps chez nous ».
La Suisse d’hier n’existe plus et la Suisse de demain n’existe pas encore. Dans ce temps de chaos, les contractions pour la naissance d’un monde plus humain sont très douloureuses. Notre pays ne
fait pas exception dans le grand bouleversement qui brasse le monde.
Comme croyants, comme personnes engagées dans les droits humains, comme acteurs pour la promotion de la paix, nous avons la responsabilité de prendre en compte les peurs de nos concitoyens.
Ballotés comme des fétus de paille dans un univers devenu inmaitrisable, il est difficile de garder le cap. Nous avons sans doute expérimenté à des degrés différents les effets de la peur dans
nos propres vies. Mais aussi la grâce de la présence agissante du Tout-Autre.
Tenir debout malgré la déferlante, est-ce que ce n’est pas croire encore et encore que notre démocratie directe est ce qu’il y a de mieux malgré les dérapages possibles? Est-ce que ce n’est pas
continuer à travailler en réseau et au développement de la capacité d’agir de chaque personne rencontrée, quelles que soient la violence de ses peurs et de ses rejets? Est-ce que ce n’est pas
travailler pour que demain le résultat de la votation soit différent?
Je serais encore plus triste si le résultat de cette votation serait que nous ayions le goût de renoncer à notre système démocratique. Je crois profondément que le peuple peut se tromper,
s’égarer, se perdre et tout autant qu’il peut apprendre et se reprendre. Grandir c’est faire des erreurs, les voir, les reconnaître et les corriger. Je crois de toutes les fibres de mon être
qu’en Suisse nous sommes capables de grandir. Et que ce cheminement qui peut prêter à moquerie, qui fait tomber, mais qui permet de se relever, peut être encore un modèle, en tout cas ici en
Afrique, sinon pour le reste du monde.
Et j’ai le coeur en joie de voir toutes les personnes qui se mobilisent pour dire leur indignation. Et encore plus quand ces personnes sont de jeunes adultes. Car la Suisse de demain, c’est eux.
Mais là encore n’avons-nous pas à les accompagner pour que la colère et la haine contre les initiateurs ne les aveuglent pas? N’avons-nous pas à les accompagner pour qu’ils ne soint pas ridicules
auprès de leurs ami.es musulmans ou étrangers? Ils sont au coeur d’une double difficulté, comme nous ici. N’est-il pas de notre responsabilité de les aider à rester enracinés dans leur foi en un
avenir ouvert et tolérant?
Je crois que malgré le chagrin et la honte, malgré le profond sentiment d’abandon et de désespoir qui ont pu nous envahir dimanche soir, nous sommes appelé.es à témoigner de la puissance d’une
parole créatrice, d’une Parole qui nous vient d’ailleurs et qui nous dépasse. Je crois profondément que nous sommes appelé.es à entendre sans nous moquer les peurs là-bas, et ici, que nous avons
à être des ferments de consolation et de réconciliation et que nous avons labourer le champ de notre espérance. Je crois que nous avons à affûter nos outils au lieu de polir nos armes, pour que
notre être au monde soit complètement habité par le développement de la capacité d’agir. Je crois de tout mon être que nous sommes appelé.es à lutter contre nos propres découragements pour que
notre joie soit imprenable (cf Lytta Basset, La joie imprenable) et que la terre de demain soit la terre de notre Dieu.
C’est là ma foi et mon espérance.
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Quelques liens pour les personnes qui aimeraient relire les objets soumis à votation et les résultats, réactions...
Administration fédérale
Télévision suiss romande
Swissinfo
jeu
19
nov
2009
Voilà, je suis de retour après une longue absence dûe aux différentes causes expliquées dans la newsletter (maladie, différentes occupations ...).
Le titre que j'ai utilisé, c'est une citation des mendiants chez moi, qui veulent toucher le cœur des gens pour leur donner quelques francs afin de leur permettre d'acheter des trucs et faire des
activités qui contribuent à leur survie.
Et puisqu'ils utilisent le mot Dieu dans leurs demandes, les « bienfaiteurs » par générosité et pour gagner la miséricorde de notre Dieu mettaient la main à leur poches si vite pour donner de l'argent aux mendiants qui s'installaient toujours devant les mosquées, les cimetières... c'est à dire les lieux où les gens se rappellent de Dieu et de l'Au-delà.
Et honnêtement, c'était tout un cercle vertueux qui aide à faire tourner l'économie un peu... Mais, au fil de temps, certains autres gens ont compris que la mendicité représente la méthode la plus simple pour avoir de l'argent sans aucune fatigue physique ou mentale.
Ces mendiants de chez moi se sont déplacés aussi à Goma, au Rwanda, Kosovo, Irak.... On les trouve sous forme de petits enfants qui refusent d'aller à l'école et restent à la rue pour demander un 100 francs d'un Muzungu passant dans sa voiture de service ou sortant du marché avec ses achats.
Aussi les mendiants parfois, on les trouve bien habillés avec une valise diplomatique, un costume et des lunettes solaires ou quelquefois même optiques, ces derniers essayant d'avoir de l'argent non pas pour eux, mais pour d'autres, sous prétexte de solidarité, de paix...
Je peux féliciter tous ces mendiants pour leur génie et savoir-faire qu'ils utilisent pour solliciter l'argent chez les bienfaiteurs et aussi je les remercie car ils m'inspirent des idées pour m'améliorer professionnellement en remarquant leurs défaillances; mais vraiment ils me posent un problème: ils utilisent toujours les mêmes techniques pour avoir de l'argent et ils réussissent toujours.
Permettez-moi de poser une question simple: Et si l'argent des bienfaiteurs arrive au bout, et que les sources se tarissent, comment les mendiants vont-ils gérer la solidarité, la paix, la lutte contre les violences...?
mer
18
nov
2009
Nous arrivons de Huye (Butaré). Aline et Michael nous ont emmené visiter l'un des lieux de travail de l'AMI.
Dès le pas de la porte, les mots de "voix de la paix", "bonne puissance", et "ubuntu" nous ont accueillis. Ubutu, voilà qui m'a mis la puce à l'oreille! En informatique, Ubuntu est un système d'exploitation libre, fondé sur Linux. Alors que venait faire cet Ubuntu au fin fond du Rwanda?
Voulez-vous avoir la patience de cheminer un peu avec moi dans mon enquête? Et permettez-moi de livrer un petit indice pour celles et ceux qui ne me connaissent pas (encore): je suis bibliste et informaticienne, formatrice d'adultes, passionnée d'empowerment (merci Marcel Arteau et Lorraine Gaudreau) et actuellement chargée d'appui institutionnel en RD Congo pour la promotion des droits humains (voir CFPD). Cela pour éclairer un peu ma surprise...
Venez, partons de l'AMI
L'AMI
(Site source: GRIP consulté le 18.11.09) Ami, l'association pour laquelle ils sont partis en appui, a été fondée en l’honneur et en mémoire de l'abbé Modeste MUNGWARAREBA) et de Innocent SAMUSONI. Modeste et Innocent ont fondé, avec Laurien NTEZIMANA, le Service d’Animation Théologique (SAT) du Diocèse Catholique de Butare, lancé le 01/10/1990. Dans ce service, ils ont mis au point une manière de vivre et de s’impliquer dans la résolution des problèmes des Rwandais, manière qu’ils ont baptisée "voie de la paix".
Cette « voie » fut une tentative d’inventer une manière d’être, penser et agir dans la difficile situation que vivait un pays en terrible guerre fratricide.
Après le cataclysme de 1994, le SAT (Modeste et Laurien) a repris cette « voie » pour y former des animateurs qui ont su, en un temps difficile, mettre les gens debout, ensemble, au travail .
L’AMI est née pour reprendre cette inspiration et la continuer dans la société du moment que le SAT, comme service diocésain, entendait s’orienter autrement.
Aller plus loin sur la "voie de la paix" commencée par ces trois hommes en développant, dans le Peuple Rwandais, la « Bonne Puissance » comme manière spécifique d’accomplir l'essence de l'humain (=Ubuntu ), c’est cela que nous appelons « promotion du droit-devoir fondamental de l’être humain », droit d’être bon (=kuryoha), devoir d’être don (=gutanga).
Alors et l'informatique?
(Site source Wikipedia, consulté le 18.11.09)
Son nom provient d’un ancien mot bantou (famille de langues africaines), quelqu'un d'ubuntu désignant une personne sachant que ce qu'elle est, est intimement lié à ce que sont les autres, donc il est parfois traduit en l'appliquant au "je" : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous » . C'est un concept fondamental de la philosophie de la réconciliation développée par Desmond Mpilo Tutu avec l'abolition de l'apartheid.
L'utilisation en informatique est une récupération de ce sens philosophique et politique tel qu'il se trouve expliqué dans le travail de la Commission de la vérité et de la réconciliation. Les attendus philosophiques pratiques du sens fondamental permettent de mieux saisir par exemple la mission technologique socialement durable de la Fondation Shuttleworth (ci-dessous) et relayée en France dans les travaux de philosophes comme Barbara Cassin et Philippe-Joseph Salazar.
Ubuntu...
quel mangifique cadeau de cette fin de semaine, merci Aline et Michael! Un mot partagé en AMItié et voilà tous mes mondes reliés.
Ubuntu et quelques pièces du puzzle de ma vie qui viennent s'ajuster pour me donner le goût de continuer à faire le grand écart et à jouer à saute-mouton pour tisser
ma part de la toile d'espérance dans laquelle bercer le monde de demain.
Je me suis souvenue des paroles de Martin Buber:
« L’homme devient je au contact du tu. »
« Je m’accomplis au contact du tu, je deviens je en disant tu. Toute vie réelle est une rencontre. »
« Chaque tu individuel ouvre une perspective sur le Tu éternel. Cette fonction médiatrice du tu de tous les êtres permet aux relations entre les êtres de s’accomplir mais entrave aussi
l’accomplissement de ces relations. Le tu inné se réalise en chacun et ne se parachève en aucun. Il ne se réalise parfaitement que dans la relation immédiate avec le seul Tu qui par essence
ne puisse jamais devenir un cela. »
Vermes Pamela , Martin Buber, Albin Michel, 1992, p. 90-115.
Bon tissage à chacun.e dans le monde virtuel comme dans le monde réel, pour que grandisse l'ubuntu...
lun
26
oct
2009
La visitation... Très beau texte biblique où Marie, mère de Jésus, rend visite à Elizabeth, mère de Jean le Baptiste... Dans la rencontre que décrit le texte bilique, la connaissance entre ces 2 femmes devient reconnaissance. Elles "savent" l'une et l'autre ce qui se passe dans leur être et leur chair.
Mais je me suis toujours demandée pourquoi les évangiles nous racontent cette histoire si privée, qui ne me semblait pas apporter tellement à mon quotidien... Que notre Dieu est donc grand qui nous a permis de vivre cette fin de semaine la joie et la reconnaissance profonde de la visitation.
Aline et Michael, tous les 2 affectés par Eirene Suisse à Butaré auprès de l'AMI, sont venus chez nous vendredi. Aline est notre amie commune, nous avons fait ensemble la préparation au départ. Ils ont mangé à notre table, ils ont partagé notre quotidien, bien amélioré pendant leur séjour puisque ni le courant ni l'eau ne nous ont fui; ils ont dormi dans notre enclos, ils ont foulé le sol de notre ville et respiré son odeur.
J'ai bien dit "notre ville". Grâce à leur visite, au surgissement dans notre présent d'un bout de notre histoire, quelque chose a changé. Ils nous ont permis de faire le lien entre avant et maintenant, ils nous ont permis de dire à des étrangers comme nous: notre maison est la vôtre; ils nous ont choisi comme guides pour découvrir notre ville, ils nous ont donné l'envie de la rendre belle à leurs yeux pour qu'ils reviennent nous voir encore.
Quelque chose a changé.
Tels que nous sommes, wazungu* venus d'ailleurs et destinés à repartir, nous "savons" nos racines et nos richesses. Nous avons éprouvé dans notre être que nous pouvons faire de cet "ailleurs" un ici.
D'étrangers partis de leur terre et de leur famille, nous sommes, par la grâce de la visite de nos amis et le partage de notre quotidien, des étrangers arrivés, capables d'habiter la halte que notre Dieu nous a proposée.
Merci Aline et Michael. Et à la joie de vous "rendre" visite...
* petit rappel: wazungu est le pluriel de muzungu, le blanc, celui qui est venu d'ailleurs, qui est différent. C'est ainsi qu'on apostrophe tous les blancs dans la rue. Et c'est un mot qui provoque bien des émotions chez tous les volontaires du coin, nous en reparlerons...
mer
14
oct
2009
Pour peindre le quotidien de Goma aux couleurs de l'espérance,
des pas de danse, des chants et des rires, des films et des iamges capables de renverser les doutes et les peurs...
L'association Yole!Africa organise ici à Goma la 4ème édition du SKIFF
(Salaam Kivu International Film Festival) du 17 au 27 octobre*, sur le thème
: «Les arts, outils de développement et facteurs de cohésion sociale».
Toutes les activités sont entièrement gratuites afin de permettre à tous d'y
participer!!!
Le SKIFF est avant tout un festival de court-métrages africains provenant de
divers pays, notamment de RDC (Goma, Kinshasa), Kenya, Afrique de l'Ouest et
autres. Cette année les invités seront notamment *Willy Owusu & Ndogi
Githuku* (Kenya) et *Jo Muga Watunda* (Kinshasa).
Mais le SKIFF est également une occasion spéciale pour mettre en avant la
scène culturelle et artistique du Nord-Kivu, notamment au niveau musique et
danse.
Chaque soir avant les projections quelques chansons par des groupes de Goma,
et un concert aura lieu le samedi 24/10 avec en guest star *Pasnas *(
http://www.myspace.com/pasnas) avec en première partie le collectif "Best of
Goma" (collectif des jeunes participant aux Jam Sessions de Yole organisées
chaque samedi après-midi) ainsi que le jeune groupe *Maisha Soul* (
http://www.facebook.com/group.php?gid=42344098967) au talent indiscutable!
Du côté danse, *Sekombi Katondolo* interprètera son spectacle *Djieone
*(reflet)
lors de l'ouverture du festival, spectacle déjà interprété à Kinshasa,
Lubumbashi et Kampala et bientôt à Kigali et Maputo ; et ne manquez pas le
Hip-Hop Battle (compétition de danse Hip-Hop) le dimanche 25 supervisée par
*Anna Muinonen et Ula Silk.*
Des ateliers de vidéo et de danse ainsi que des séances de discussion auront
lieu également chaque après-midi de la semaine (pour ceux qui ont la chance
de ne pas trimer au bureau...), comme par exemple les ateliers de Breakdance
animés par *Abdul *du "*Uganda Breakdance Project*".
Pour plus de détails consultez le programme provisoire en pièce-jointe
(donnant une bonne idée de l'organisation des activités; le programme des
films sera amené à être modifié/étoffé, la sélection se finalise!), le
programme définitif sera envoyé mercredi ou jeudi. *ET SURTOUT FAITES
PASSER L'INFO A TOUS : tout est gratuit et c'est l'occasion de montrer et
démontrer que Goma et le Nord Kivu ce n'est pas seulement la guerre et les
déplacés mais que ça fourmille de créativité et de gens qui veulent faire
bouger les choses!!!
Une initiative 100% congolaise qui vaut VRAIMENT le coup d'être soutenue au
maximum : pour cela c'est facile, venez simplement en profiter! ;D*
*Yolé!Africa est un centre de création artistique et d’échange culturel basé
à Goma, à l'est de la République Démocratique du Congo et Kampala, Ouganda.
Sa mission est de promouvoir la paix à travers l’art et la culture. Il opère
également comme une plateforme d’échange où les jeunes de différentes
origines et couches sociales se rencontrent pour s’exprimer à travers leurs
talents**. Le nom "Yolé!Africa" vient du cri "yolé!" utilisé par les
gardiens de bétail en Afrique centrale pour rassembler leurs troupeaux.* (
http://www.alkebu.org/about%20yolefr.html)
*
Visitez également le site internet de Yole!Africa et de Alkebu Films
Production : http://www.alkebu.org/*
Amenez autant de monde que possible, RDV samedi pour l'ouverture! :)
*Yole!Africa*
mar
06
oct
2009
Voilà nous sommes de retour après une absence si longue un peu :D. Au fait, pour moi, je ne veux pas écrire rien que pour écrire, je ne veux écrire (le vrai terme c'est partager avec vous) que ce que je vis et je ressens, même si je sais que vous attendez nos nouvelles impatiemment, ce qui nous donne des ailes et permet de tisser via presque les continents : Afrique, Europe et Amérique latine.
Bon les deux dernières semaines étaient un peu chargées de travail. Peut-être c'est la première fois qu'on parle travail sur ce site, alors on a retroussé les manches pour aider les avocats à concrétiser leurs expériences de terrain pour monter des projets pour plus d'aide légale aux plus vulnérables dans différents secteurs (bien sûr c'est le rôle de l'appui institutionnel et reste le volet financier pour toucher les poches et les bailleurs de fonds :D).
Donc nos efforts tous ont aboutis au moins 5 axes essentiels que j'ai vu qu'il est si important de partager avec vous:
1- Les PVVIH: ce sont les personnes qui vivent avec le virus SIDA. Ces personnes, mineures comme majeures, ne connaissent pas leurs droits minimes telle que les droits civiques, le droit à la vaccination, la confidentialité de leur maladie. Certains malades ont été sortis des maisons qu'il louent rien que parce qu'ils sont malades; de même elles n'ont pas droit à des funérailles normales.
2- Le Monitoring des établissements pénitentiaire et assistance judiciaire des détenus vulnérables: En RD Congo, les gens vivent à moins d'1 Dollar US, ils ne peuvent pas se payer un avocat. Il y a des abus de pouvoir, des gens qui sont en prisons, dans les cachots sans rien raison, sans savoir pourquoi elles sont là ou même que leurs famille ne savent pas qu'elles sont arrêtée. Je cite l'exemple les femmes dont les maris recherchés immigrent pour l'Angola ou l'Ouganda: elles sont emprisonnées à leur places et le pire c'est qu'elles savent pas leurs droits....
3- La spoliation de la terre: c'est un sujet que je ne maitrise pas encore, honnêtement, mais ce que j'ai bien compris par exemple d'après les statistiques évoquées, c'est qu'il y a 1000000 de déplacés. Dont des bébés, des femmes enceintes, des vieillards, des handicapés. Ce nombre est très grand par rapport aux moyens mis en œuvre par les ONG onusiennes ou les autres, qui opèrent dans la région. Alors ils traitent les déplacés comme ils peuvent. Bien sûr inconsciemment il y aura des dépassements et des fautes, alors ces déplacés, réfugiés ou des retournés doivent connaitre leurs droits et leurs obligations face à cette problématique: à qui est la terre la familiale. La ferme qui a été abandonnée en catastrophe un jour exploitée par des d'autres pendant les dernières années et sur laquelle il faut revenir maintenant...
4- Le droit à l'éducation, vous vous rendez compte que les enfants accèdent à la scolarisation à l'âge de 12 ans? Vous allez me dire que c'est normal car c'est un pays en guerre, avec des déplacements massifs des gens, des enfants non accompagnés... Mais je vous dis juste: pensez à ces innocents qui subissent des âneries de quelques adultes qui se croient si fort pour imposer leur loi. La réalité du terrain nous est communiquée par nos antennes dans les provinces et par nos supervisions pendant nos « descentes », c'est à dire quand les gens du CFPD vont sur le terrain.
5- La lutte et la vulgarisation contre les violences sexuelles dans les écoles et les lycées: Nous ciblons ces établissements car c'est la tranche d'âge (9 à 17 ans) dont les statistiques montrent que les violences sexuelles sont en hausse, et nous tenons à faire de la prévention.
Si on analyse bien ces 5 axes, on trouve que les femmes sont les plus touchées. Si on cherche le dénominateur commun entre ces 5 axes on trouvera l'objectif idéal du CFPD pour les prochaines années: « Femmes, citoyennes, artisanes de paix ».
Le CFPD voit la force des femmes congolaises, il veut permettre aux femmes de prendre leur vie en main, leur citoyenneté, et pourquoi pas, participer activement à la vie politique. En 2011 il y aura des élections présidentielles auxquelles les femmes sont impliquées à participer en toute autonomie pour accéder à la démocratie qui reste le rêve de tous les peuples.
lun
05
oct
2009
Le site auféminin.com salue les lauréeat du prix Nobel de médecine 2009 par un article intitulé ![]()
Depuis ses origines, c'est en tout cas ce que nous raconte la Bible, l'humain essaie d'être comme Dieu et de manger de l'arbre de vie qui le rendra immortel. Si le travail des 3 lauréats soulève un immense espoir face à des maladies terribles et ravageuses, le titre choisi par l'auteur révèle que d'une part le rêve d'immortalité est bien présent dans l'inconscient collectif et que d'autre part il semble moins utopique que par les siècles passés.
Le génie humain est capable du meilleur. Et du pire.
Soulager les souffrances, donner de l'espérance, rendre le sourire au quotidien, le meilleur. Faire croire que l'humain peut échapper à sa finitude, qu'il détient le pouvoir de mort ou de vie, le pire.
Ce qui a été récompensé par le prix Nobel n'est sans doute pas, en tout cas je l'espère, la recherche sur l'immortalité, mais la recherche contre la souffrance et la maladie.
La limite entre vouloir vivre et accepter d'être mortel est ténue, et combien fragile le travail d'équilibriste pour être entre naître et mourrir...
jeu
10
sep
2009
Préparation de la Fête
mer
02
sep
2009
Depuis mon affectation en RD Congo par Eirene Suisse, pour l'appui institutionnel et financier dans une ONG congolaise (CFPD), une question tourmentait mon esprit : comment associer les exigences et la rigueur de la gestion d'entreprise, caractérisée par une rentabilité maximale (la maximisation des profits pour un minimum de coûts), et l'environnement des ONG qui sont censées être sans but lucratif et qui travaillent dans le domaine humanitaire ou le développement.
A vrai dire, je rêvais depuis le début, bien sûr avec les membres du CFPD, de faire du CFPD une ONG de très grande notoriété à l'échelle nationale et internationale pour ses valeurs et l'engagement de ses membres. Comment faire cela avec mes compétences de financier, mon éthique économique et financière dans le respect des valeurs que je perçois au CFPD?
La première différence que j'ai pu remarqué entre le fonctionnement des entreprises et les associations à but non lucratif (ou sans but lucratif ASBL), c'est l'objectif.
Pour l'entreprise, son souci principal est de dégager un profit qui lui permette de vivre, de se battre afin de trouver une clientèle, la fidéliser afin de survivre sur le marché des concurrents, selon la loi de marché. Les bénéfices qu'elle dégage permettent dans l'idéal à la société de vivre: emplois, salaires, investissements...
Par contre les associations sans but lucratif ne cherchent pas à faire de l'argent mais elles cherchent des bailleurs de fonds qui leur donnent de l'argent pour financer leurs activités diverses pour aider humainement les plus vulnérables. Et on peut trouver une multitude d'ASBL qui travaillent dans les mêmes projets (comme la lutte contre le viol des femmes) en collaborant ensemble, sans avoir forcément un esprit de concurrence, et déjà c'est un « idéal ».
Ainsi, entreprises et associations ou ONG travaillent pour dégager un « profit », une finalité qui dans les deux cas devraient idéellement servir la société. Quelle est la
différence?
Pourquoi qualifier le profit des entreprises de lucratif et celui des ong de non-lucratif (humanitaire)?
La tenue de la comptabilité aussi diffère. Pour les sociétés c'est une comptabilité financière, qui doit dégager des informations utiles aux différents décideurs pour le sort de l'entreprise. Pour les ASBL, c'est souvent « juste » une comptabilité d'encaissement et de décaissement.
Mais les deux ont une chose en commun entre les deux qui m'a frappé: le statut du personnel. On trouve dans les entreprises comme dans les ASBL du personnel non permanent ou non titularisé. En
entreprise on parle de CDD (contrat a durée déterminé), par contre pour les ASBL, on parle de contrat de bénévolat. Dans les deux cas, c'est une exploitation du personnel.
Résultat logique: le personnel, non impliqué, subit la situation mais si l'occasion se présente, les personnes changent d'ONG ou de société.
Cela dit je me trouve bien dans ce domaine, et j'espère que ça reste sincèrement des activités « humaines », car ce que je remarque des détournements dans l'utilisation de ce
terme.
Beaucoup d'ASBL utilisent les projets porteurs ou dont les sujets font la une de l'actualité pour avoir des fonds, ce qui nuit aussi à l'image du pays où elles sont impliquées, en tout cas, c'st le
cas pour la RD Congo. Je me référé toujours à l'exemple de projets autour de « la lutte contre le viol de femmes ». A force que ce projet est utilisé pour avoir des fonds, l'opinion
international croit que tous les hommes de RD Congo sont des violeurs. Je ne nie pas l'existence des viols ni leur horreur , ni les sanctions qui doivent être prises. Mais ce qui fait mal, c'est que
cette histoire est devenue un commerce, un gagne-pain pour des gens qui veulent se faire de l'argent avec un sujet porteur.
Ces réalités me laissent me poser beaucoup de questions et me laissent réfléchir sur le sort de l'humanitaire dans les prochaines années: si on utilise les souffrances humaines pour faire de l'argent, est-ce que cela ne touche pas la dignité humaine que nous sommes appelés à protéger?
lun
31
aoû
2009
Ouf, nous avons enfin compris pourquoi régulièrement la source tarit à nos robinets et pourquoi nous manquons si cruellement d'eau potable: c'est parce que le fuel est trop cher.
Oui oui, vous avez bien lu: le fuel est trop cher pour que nous puissions avoir de l'eau potable. En effet, pour que la régie des eaux puisse pomper l'eau du lac et la trailer (enfin ça je ne le sais pas, pour de vrai!, mais j'imagine...), il lui faut pas moins de 500 litres de fuel par jour, ce qui est une aberration écologique et économique. Et bien sûr, quand les précieuses machines ne sont pas en panne, auquel cas il faut attendre la venue des pièces depuis Kinshasa, il faut que la Régie trouve les moyens de payer le précieux fuel qui vaut de l'or.
Et à chaque pénurie d'eau, les habitants de Goma vont prendre l'eau dans les bidons au lac, au milieu des gens qui lessivent leur linge ou lavent leur voiture, à condition qu'ils n'en soient pas empêchés par tous les malins qui mettent des tuyaux et rendent l'eau du lac payante au prix fort.
Mais Dieu soit loué, l'épidémie en cours s'est stabilisée et ne devrait pas dépasser les quelque 170 cas enregistrés. En attendant la prochaine vague de manque d'or noir...
Santé!
dim
23
aoû
2009
Après le passage de Mme Clinton et son appel à réprimer les violences contre les femmes, la question essentielle des violences physiques faites aux femmes en RD Congo a ressurgi sur toutes les lèvres. Nombreuses sont Dieu merci les personnes et les organisations locales ou internationales qui se penchent sur cette question.
Cela dit, nous aimerions nourrir la réflexion autour de la violence faite aux femmes par quelques éclairages compémentaires:
D'avance merci pour tous les commentaires qui nous aideront dans nos réflexions...
lun
10
aoû
2009
Nous sommes installés depuis tantôt un mois dans notre belle concession de Goma. Un espace clos, sous la garde bienveillante de veilleurs qui jour et nuit, sont attentifs à notre sécurité, des pavillons posés dans un jardin merveilleux riche de manguiers et d'avocatiers. Des grappes de fleurs oranges, des roses blanches, des lis jaunes vifs, des arums, des bougainvilliers mauves, autant de buissons odorants, visités par les colibris, les canaris, les kibombo bombo, les merles au sifflement enchanteur, un hâvre de paix au coeur de la ville.
Goma, balafrée au coeur par la brûlure du volcan, noire de monde, noire de poussière, noire des pierres de lave, est bruissante: couleurs vives des pagnes, hurlements des klaxons des motos-brousse qui frôlent les piétons dans un soulèvement de poussière, voitures des nations unies qui crachent de noirs panaches par les gueules de leurs pots d'échappements, et se faufilent de toute leur puissance entre les voitures poussives des locaux, et le cri "muzungu, muzungu" qui nous apostrophe dès que nous mettons le pied dans la rue. Muzungu, "hé, le blanc, hé, la blanche". A la fois taquinerie, moquerie, appel à la compassion et illusion: muzungu, banque ambulante qui apporte le salut...
Même les enfants s'y mettent: "muzungu, donne-moi 50 francs" - congolais, soit environ 7 centimes de dollar - A notre réponse: "On n'a pas", magnanime, le petit Patient nous dit: "bon alors, tant pis, donne-moi 40 dollars" !
Depuis une semaine, nous manquons d'eau. Se laver, faire à manger, faire la vaisselle ... tout demande de la créativité. Nous saurons bientôt rédiger un manuel: de l'art de prendre une douche avec le contenu d'un verre à dents! Nous nous sommes enrichis, car maintenant nous sommes passés de 2 bidons de réserve de 20 litres à 4 bidons. Donc nous sommes capables de tenir 48 heures, ce qui est un net progrès.
En général quand nous avons de l'eau, nous n'avons pas d'électricité, et vice-versa. Mais cette semaine il n'y a pas d'alternative. Ni eau, ni électricité. Sauf aux heures fastes de la génératrice. La lumière c'est magnifique, mais quand l'eau coule au robinet, c'est vraiment une bénédiction! Mais nous sommes conscients d'être très chanceux, la majorité de la population de cette ville n'a jamais accès à l'eau potable; les femmes et les enfants des quartiers éloignés font 4 à 6 km à pied pour chercher l'eau au lac et refont le chemin inverse si lourdement chargés que c'est un miracle que leurs membres frêles ne se brisent pas.
D'autant que leurs ventres crient famine, dans un pays d'opulence où les fruits et les légumes poussent tout seuls. Le jardinier nous a avoué que les haricots mettent 3 longues semaines depuis leur mise en terre jusqu'au jour de la récolte! Et qu'en dehors de la saison de sécheresse, la saison présente, la nature est généreuse à profusion et lui permet 3-4 récoltes l'an.
De la belle visite
Mais laissons le manque d'infrastructure. Car ces jours Goma reçoit de la belle visite: Le président Joseph Kabila Kabange est présent dans notre cité depuis une semaine. Et demain il reçoit Mme Hilary Clinton, ici même à Goma. Pour nous, c'est encore une surprise: nous imaginions que pour un tel évènement, toute la ville serait en effervescence. Mais en dehors d'une sécurité accrue aux giratoires, nous n'avons rien vu. Aussi ne sommes-nous pas certains qu'il ne s'agit pas d'une rumeur. Les informations télévisées devraient infirmer ou confirmer ces évènements - s'il y a du courant.
Et pour finir, si vous passez par Goma, par pitié, méfiez-vous des ronds-points: si vous êtes piétons, méfiez-vous des motos, des autos, des bus et des autres piétons. Et si vous êtes au volant, veillez à votre droite. Car à Goma, dans les ronds-points, la priorité est aux véhicules venant de la droite! Une fois que vous savez tout cela, lancez-vous et ne reculez plus. Courage. De l'autre côté les rires joyeux des passants vus attendent: les wazungu (muzungu au pluriel) ont réussi! C'est d'autant plus remarquable, que des wazungu piétons ici, il n'y en a quasiment pas!
lun
13
jui
2009
FInalement nos bagages ont pris la voiture et nous avons chevauché des taxis motos pour prendre le bus pour Goma.
Merveille de paysages verts, de vallées profondes et mystérieuses, de rivières, de plateaux. Variété inouie de végétation, de plantations. Terres rouges ou brunes, partout des fleurs à profusion, et partout des gens à l'ouvrage. Femmes et hommes engagés ensemble dans les travaux de réfection des routes, dans les plantations de bananiers qui s'étendent à perte de vue. Nous circulons sur une crête, entre les nids de poule, et à chaque virage notre bus frôle une vieille lourdement chargée ou un cycliste épuisé. A notre droite les voilà, les majestueux volcans. La température est tombée, les gens sont emmitouflés, la végétation a changé, les verts légers ont pris de la gravité, les rouges de la densité.
Et finalement au pied du Niyragongo le voici, le lac Kivu. Puis Gisenyi, poste frontière entre le Rwanda et le Congo.
Jean-Pierre et Ali demeurent là. Il nous confie à son assistant pour nous faire traverser la frontière. Goma nous voici..
Mais quel contraste! Après l'opulence de la journée, c'est la poussière noirâtre de la pierre volcanique qui nous saisit et nous enveloppe. Nous sommes un peu oppressés. à la fois par les formalités et par l'épaisseur de l'air qui se donne à respirer comme un jour de brouillard.
Mais le couvent des Soeurs Bernardines nous offre un hâvre de paix pour la nuit. Il est 18h, il fait nuit, l'électricité est coupée et nous commençons notre séjour par un souper aux chandelles servi par Soeur Anastasia dont le sourire nous a réconforté.
Et au lever du soleil, à 6h00, le chant des oiseaux nous convie à une ballade dans le jardin du monastère. Les fleurs rouges, mauves, jaunes, blanches se découpent sur le sol noir de lave. Et du lointain nous parvient la rumeur de la ville. Nous avons un peu de peine à imaginer que nous sommes arrivés chez nous...
ven
10
jui
2009
Kigali est un joyau de verdure et de nacre posé dans des collines ondoyantes séparées par des ravines. Des ruelles serpentent le long de leurs flancs et zigzaguent entre les maisons. Les briques roses se détachent comme des perles sur l'azur. L'air vibre dans la chaleur et les pétarades des taxis motos. Le bruissement des insectes est couvert par le brouhaha incessant du trafic; les rues sont habillées aux couleurs chatoyantes des tissus et des échoppes. La maison d'Annonciata est chaleureuse et simple, blottie au fond d'une petite concession. Fermée par un portail marron, la cour est rutilante de plantes grasses et des rires des étudiant.es qui habitent les ailes les plus anciennes. Complicité féminine autour du foyer, de la préparation du repas sur le réchaud traditionnel, sorte de brasero, ou kanoun, ou mbabula comme nous l'appelons désormais chez nous à Goma. Et premières corvées de vaisselle et de lessive pleines de rires. Arachides, fruits de la passion, ananas et prunes juteuses à profusion Et amitié qui nous permet de prendre pied. Celle de la famille qui porte si bien son nom: famille d'accueil. Mais aussi celle de Stefano, autre volontaire Eirene qui nous a précédé en janvier pour une affection à Kibuyé, Rwanda. Et joie de savoir que Aline, la prochaine volontaire Eirene affectée à Butaré, Rwanda, sera elle aussi reçue ici. Nous lézardons et même les petites corvées administratives n'arrivent pas à nous énerver pour de vrai. Jean-Pierre notre coordinateur poisson-pilote pour la RD Congo devrait venir nous cueillir, mais le mariage où il est invité a l'air de durer et nous ne sommes pas pressés. Laisser les larmes du départ couler et naître la joie du départ arriver. Laisser le temps au temps, sans rien avoir à prouver. Merci pour ce temps d'atterissage et de paix.
jeu
09
jui
2009
Départ de Fribourg à 3h30 du matin pour être à l'heure à Genève: le vol est prévu à 6h30 pour Bruxelles, et on ne voudrait pas le rater. Mais déjà les émotions sont au rendez-vous: la voiture de nos amis tombe en panne à 1 km de l'aéroport!
Mais finalement nous nous retrouvons à Bruxelles et nous embarquons pour Kigali, Rwanda. Passer tout près de l`Alsace sans la voir, frôler les Alpes sans qu'elles se dévoilent, survoler l'Italie qui est bien plus longue que nous l'imaginions, voir la mer sans y plonger, attendre la Tunisie et se trouver au-dessus du désert et ne pas savoir où sont les frontières entre la Lybie, le Soudan, l'Ethiopie. Planer au-dessus du sable à perte de vue et sentir nos coeurs s'emballer pour le ruban du Nil avant de plonger dans la nuit. Il est 19h15, nous atterrissons à Kigali. Y aura-t-il des chameaux et des ânes?
Les premiers pas sur le tarmac. Nous sommes déboussolés, mitigés, arrivés avec une heure de retard. Il fait assez frais.
Nos hôtes, la famille d'accueil, nous attendent patiemment avec une grosse voiture. Mais avec nos 6 valises, elle est trop petite et nous voilà déjà l'une dans la voiture et l'autre en bus, en route dans la nuit, vers l'inconnu. Afrique nous voici!