L’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger peut en parler. Tout a commencé un jour de famine en 1993. Les femmes qui participaient au programme de lutte contre la famine s’enga-geaient à « travailler les mains propres.» A la suite de la famine un projet de solidarité entre femmes démarrait : équiper les femmes d’un outil de travail (crédit remboursable pour l'achat d'une charrette et une paire de bœufs). De nombreuses femmes étaient intéressées au projet.
Le financement était assuré par des dons de particuliers suisses (40'000 FCH en 4 ans). Mais tout restait à faire. Et ce sont les femmes elles-mêmes qui ont mis au point le projet, fixé les modalités : un vrai travail de fourmi.
Une philosophie ?
Peut-être ! Le bon sens et le savoir faire des femmes qui travaillent la terre a été plus important que les théories des gens qui ont pris l’habitude de manier le stylo. Très vite les femmes se sont imposées quelques orientations de base :
Vieux refrain qui rappelait la nécessité de projets à dimension humaine, compréhensible.
Rejoindre les femmes dans les villages, ne pas inventer des programmes de développement dans les bureaux.
Les femmes savent dire le nécessaire et l’urgent et donc les projets ont la couleur du terroir. Longs temps d’écoute, suivi d’enquêtes patiemment élaborées dans la discrétion
Dans chaque village (35 villages) un groupement villageois est constitué.
C’est redonner confiance et dignité aux femmes, lutter contre une idée qui court dans les têtes « les femmes n’ont pas de cervelle. »
Elles cultivent des céréales qui serviront de monnaie d’échange, de cadeaux lors des grandes fêtes (fête du nom donné à l’enfant au 7° jour, mariage et funérailles). Elles ont un savoir-faire de l’épargne. L’épargne est le moteur de développement, quelle que soit la forme. Au Niger tontine : les femmes cotisent chaque semaine une somme déposée dans la caisse. A tour de rôle une bénéficiaire reçoit l’équivalent de ce qu’elle a déposé augmenté de la même somme multipliée par le nombre de bénéficiaire.
En développant le microcrédit alloué aux femmes pour l’achat d’une charrette et d’une paire de bœufs, d’un fourneau amélioré, de petit bétail à engraisser… l’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger innove en rendant les femmes bénéficiaires. Ça ne se faisait pas. Bien sûr il a fallu informer, créer des comités villageois, former les personnes de ces comités à leur responsabilité, contrôler et parfois réprimander. Les femmes commencent à casser le carcan d’un type de société imposé, depuis longtemps. Désormais les femmes sont reconnues officiellement. Leur mari est fier de dire « ma femme, encore faut-il qu’il précise laquelle, car il y en a plusieurs dans la maisonnée, elle a une charrette ! »
Le microcrédit est alloué sans intérêt, pour l’instant, et totalement remboursable. Et les femmes remboursent beaucoup mieux ([1]) que les hommes : ces remboursements permettent d’allouer de nouveaux microcrédits à d’autres femmes.
La tendance des mutualités, formées à un libéralisme un peu outrancier, veut que les agents forcent les remboursements des bénéficiaires. Il n’est pas question d’adopter cette façon un peu trop « western. » La bénéficiaire peut faire valoir dans son comité les difficultés de la famille et ainsi renégocier la formule de remboursement.
- Les femmes du groupement villageois peuvent frapper à la porte de la solidarité. Le groupement villageois dispose d’un fond de solidarité alimenté par des cotisations. Le linceul (pièce d’étoffe enveloppant la personne décédée) est offert pour les funérailles. Les frais obligatoires pour entrer à l’hôpital ou à la maternité peuvent, en cas de nécessité, être empruntés, mais doivent être remboursés dans un délai discuté.
- Signer son nom en trempant son pouce dans l’encre . Ce n’est bientôt plus la solution de facilité. Désormais les femmes de l’ONG offrent à leurs sœurs dans 35 villages, un cours d’alphabétisation en langue haoussa, apprendre à lire, écrire et calculer… C’est possible et c’est à faire.
Quelles sont les transformations apportées par le microcrédit ?
Le microcrédit alloué aux femmes ne peut être valorisé qu’avec les gestes de solidarité. C’est la particularité de L’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger qui porte dans son appellation et conjugue en diverses activités la solidarité.
Pour équiper les femmes d’un outil de travail -une charrette et paire de bœufs, seul moyen de transport en zone rurale et fortement sablon-neuse, le comité villageois composé de femmes désigne en assemblée la femme qui sera béné-ficiaire. Ce comité devient responsable des rem-boursements à effectuer. La bénéficiaire du mi-crocrédit charrette-bœufs s’engage à transpor-ter au dispensaire le plus proche, quelle que soit l’heure et la distance à parcourir, les femmes enceintes et en difficultés, les malades du vil-lage. Elle participe à l’entretien des rue et à évacuer les ordures ménagères du village.
Et lorsqu’il s’agit de développer la prise de conscience en matière de sauvegarde de la création et désertification, les femmes ont suggéré de développer un moyen de cuisson, diminuant le bois de chauffe en consommant des déchets agricoles : balle de mil, coque d'arachides… Ici encore le microcrédit pour l'achat d'un fourneau.
Quand les femmes de l’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger observent le dur sort des filles-mères dans les villages où elles sont méprisées, rejetées par la société et par leur famille et que leurs enfants sont sans perspectives d’avenir… Alors la solidarité se met en marche, le crédit pour l'achat de petit bétail, également.
Quand les mères voient leurs enfants devenir comme du bois sec, affamés, les femmes du village organisent les Banques céréalières de solidarité et fonds de solidarité gérés par les comités villageois. Elles gèrent les greniers. leurs réserves alimentaires, avec une rigueur, car elles savent qu’il en va de la vie de leurs enfants.
La solidarité se fait parfois avec discrétion pour aller visiter et accompagner les personnes atteintes de la maladie du Sida et qui arrivent en fin de vie, méprisés, mis à part.
L’imagination des femmes et leur courage relèvent des défis que parfois les municipalités ne peuvent ou ne veulent plus assumer : l'entretien des rues où habitent les bénéficiaires du projet. Les femmes de l’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger sont persuadées qu’à coups de balai et d’entraide, sans grands frais, « MA RUE PROPRE » deviendra « MA VILLE PROPRE »
Que faire des exclus de l’école primaire ? Un Centre d’apprentissage pour ces jeunes, déjà expérimenté ces dernières années, redémarrera avec une nouvelle formule, plus proche des besoins des gens de la terre.
Un futur différent, solidaire, meilleur…
S’il ne s’agit pas de créer de nouveaux emplois, ou de nouvelles entreprises, il est certain que des améliorations visibles ont été apportées par le microcrédit conjugué avec la solidarité. Les femmes sont reconnues et peuvent avoir accès à un niveau financier assurant la scolarité des enfants, la santé pour la famille, et un petit plus pour financer les fêtes sociales (fête du nom, mariage, funérailles).
Une recomposition du tissu social, la création des comités de village, les rôles joués par les femmes du comité, la fête des femmes (appelée la Fête des Mères le 15 août) qui réunit chaque année les bénéficiaires, apportent aux femmes une reconnaissance, une dignité, qui leur a été bien souvent refusée.
Alors ça change quoi ? Les femmes de l’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger vont tordre le cou à la misère et repousser la pauvreté.
Maurice Leiggener
délégué de l’ONG Femmes et Solidarité SOFEMA au Niger
www.tsimtsoum.org, sofema@tsimtsoum.org